Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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MOUVEMENT DES ARTS ET DE LA CURIOSITÉ

VENTES PROCHAINES

Puisque les belles ventes ne viennent point encore à nous, imitons Mahomet et mar-
chons vers elles. Voici d'abord la vente de la Collection Rousseau, qui commencera le
25 février et occupera de nombreuses vacations, sous la direction de M. Delbergue-
Cormont. Ainsi que nous l'avons déjà dit, le catalogue de cette curieuse collection de
monnaies féodales françaises a été rédigé par M. Benjamin Fillon, de Fontenay-Vendée.
Nous ne le suivrons pas dans les notes curieuses dont il l'a enrichi au point d'en faire
un livre; nous respecterons ses démêlés archéologiques avec M. Adrien de Longpérier,
qui sait mieux que personne défendre ses opinions; nous constaterons seulement l'éru-
dition jeune et ardente qu'il a semée dans ces pages arides. Mais le meilleur moyen
n'est-il pas encore de présenter l'auteur lui-même à nos lecteurs? Nous détacherons
donc de sa préface quelques alinéas qui donneront matière à juger sa méthode histo-
rique et son tempérament.

Après avoir constaté l'élévation graduelle du prix des objets d'art, M. Fillon
exprime un vœu auquel nous nous associons pleinement :

« S'il s'agit de monnaies féodales, la différence est encore plus énorme. Et pour-
tant elles aussi fournissent à l'histoire leur large contingent, pour qui sait les étudier
avec fruit. Certes, nous ne sommes pas de ceux qui contestent la haute valeur de ce qui
nous vient de l'antiquité, mère auguste, dont les sociétés actuelles ne sauraient trop se
glorifier d'être les héritières; nous ne préférons pas, comme quelques-uns de ses dé-
tracteurs, les séraphins efflanqués et rachitiques du xuie siècle aux marbres sublimes
du Parthénon, et ne mettons pas en parallèle le style baladin des pièces d'or de Phi-
lippe de Yalois avec celui des médaillons de Sicile; autant vaudrait comparer la tête
de la déesse de Syracuse aux physionomies baroques gravées sur les monnaies des der-
niers grands maîtres de Malte; mais ne faudrait-il pas être un peu plus porté d'amour
pour ce qui vient de son pays? Ne serait-il pas convenable de prendre autant de soin
d'enrichir les grandes collections publiques des produits des ateliers français, anglais,
italiens, allemands, etc., qu'on en met à compléter leur séries siciliennes, arabes ou
persiques? Il faudrait, selon nous, que le Cabinet de France, déjà le plus riche du
monde, sans rien perdre de son caractère universel, fût éminemment français. Il fau-
drait que les séries, rangées dans les tiroirs de ses médailliers, permissent d'embrasser
d'un seul coup d'oeil l'histoire de notre patrie, écrite par les monnaies, depuis les imi-
tations gauloises des statères de Philippe de Macédoine, jusqu'aux fractions les plus
minimes de notre système décimal.

« Ce serait, pour l'administration nouvelle qui le régit, administration pleine de
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