Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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RECHERCHES

L'HISTOIRE DE L'ORFEVRERIE FRANÇAISE

La France a donné la mesure de son idéal, elle a révélé les ressources
de son heureux génie aussi bien dans les hautes créations de l'art véri-
table que dans les productions moins ambitieuses de ces arts familiers qui,
plus directement mêlés à la vie cle tous les jours, puisent dans leur uti-
lité leur principale raison d'être. Qui sait même si, alors que la loi, trop
rigoureusement obéie, de la tradition diminuait quelque peu la liberté de
nos artistes dans la pratique de l'architecture, de la statuaire, cle la pein-
ture, ils ne pouvaient pas sacrifier davantage à leur caprice dans l'exer-
cice de ces luxueuses industries, qui sont la décoration de nos demeures,
la joie quotidienne de notre regard, et qui, bien que soumises comme les
autres créations humaines à des règles éternelles, n'en sont pas aussi
strictement esclaves. Ces arts utiles, ces arts charmants se développent ou
s'amoindrissent, comme la peinture ou la statuaire; leurs évolutions sont
les mêmes ; ils suivent, dans le progrès*ou dans la décadence, les transfor-
mations successives de l'art solennel, et, s'il était besoin de citer une
preuve de ce constant parallélisme, nous la trouverions dans l'histoire de
l'orfèvrerie. Par les procédés qu'elle emploie, par les matières qu'elle
met en œuvre, cette industrie se trouve étroitement liée à la peinture ou
du moins à l'émaillerie, à la sculpture dont elle imite les formes, à l'ar-
chitecture, qui lui a souvent fourni des combinaisons de lignes et de sur-
faces, et une sorte de géométrie dont elle a toutefois tempéré les dispo-
sitions rigoureuses par un élément décoratif plus libre, par des courbes
empreintes d'une grâce plus vivante. L'orfèvrerie est d'ailleurs, depuis
ses origines premières, un art de notre pays. Le calendrier n'a canonisé
qu'un orfèvre,— le grand saint Éloi de la chanson, — et c'est un orfèvre
français.

s

Par ces raisons et par bien d'autres, l'histoire de l'orfèvrerie en
France serait, pour une plume patiente, un noble et utile labeur. Nous
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