Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Société des Amis des Arts, qui, nous en sommes assuré, s'afflige des
nécessités qu'elle doit subir. Notre requête met en cause la ville de Lyon
elle-même, qui, avec les ressources dont elle dispose, serait parfaitement
en mesure d'octroyer à la Société un local qui servirait successivement,
ou à la fois, aux expositions d'œuvres d'art et aux expositions indus-
trielles. Le développement du goût public, le perfectionnement des mé-
thodes employées par les dessinateurs d'ornement, la discipline des fan-
taisies si facilement égarées par les influences mauvaises, ce sont là pour
la ville de Lyon des questions vitales. Bordeaux, qui n'a pas le même
intérêt à protéger les artistes, a très-libéralement concédé à la Société
des Amis des Arts une galerie pour ses expositions. N'est-ce pas un
exemple à suivre, et, lorsque Lyon aura achevé les quatre ou cinq rues
de Rivoli qui doivent lui procurer — en même temps que les ineffables
délices de la ligne droite— un peu d'air et de lumière, ne faudra-t-il pas
que le conseil municipal se décide à faire quelque chose pour l'art, et
pour sa sœur cadette, l'industrie?

Ce beau rêve se réalisera un jour. La Chambre de commerce de Lyon
a conscience des grands intérêts qui lui sont confiés, et les questions qui
nous touchent sont depuis longtemps à l'ordre du jour de ses délibéra-
tions. On lui a rendu compte des merveilles du musée de Kensington, et
elle s'est associée à la pensée de créer, tôt ou tard, dans la seconde ville
de France, une institution analogue, qui, grâce au génie de nos ouvriers
et de nos artistes, pourrait produire des résultats meilleurs encore1.
Quoi qu'il arrive, la Société des Amis des Arts ne peut que gagner à la
réalisation de ce grand projet; elle y trouvera sans doute l'occasion de se
faire donner le local qu'elle ambitionne, et les vieux maîtres qui siègent
au Musée dans la gravité de la gloire ne verront plus leur sérénité trou-
blée par les visites bruyantes des modernes qui viennent chaque année,
d'une si fâcheuse façon, leur disputer leur place au soleil.

Il est bien entendu que ce qui vient d'être dit ne s'applique point à
tous les artistes contemporains. Dès qu'on entre dans les galeries de l'ex-
position nouvelle, on est arrêté par une œuvre qui suffit à elle seule pour
faire oublier les fatigues du voyage et pour calmer toutes les irritations.
Cette œuvre heureuse, c'est la Mort de Marc-Aurèle, d'Eugène Delacroix.
Le tableau ne date pas d'hier : il a été exposé à Paris en 1845 ; mais il a
été récemment donné par le ministère d'État au musée de Lyon, et, avant
qu'il y prenne sa place définitive, la Société des Amis des Arts a eu la
bonne pensée d'en enrichir son exposition. Il nous souvient que, lorsque

4. Dans son numéro du 15 mars 4 859, t. I, p. 383, la Gazette des Beaux-Arts a
dit un mot de ce projet, qui est dû à l'initiative de M. Natalis Rondot.
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