Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

Page: 79
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1866_1/0085
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
L’ŒUVRE DE M. ME1SS0NIER.

79

mais auquel la peinture des scènes historiques modernes a ouvert
récemment des horizons vastes et nouveaux.

Cette intelligente et curieuse invention qui s’appelle la photographie,
et que les gens de goût et de sens s’accordent à estimer et à priser à
sa juste valeur, la photographie va nous apporter les plus utiles ma-
tériaux de notre travail. On a peu gravé, peu lithographié d’après
M. Meissonier. Les quelques pièces dont nous allons donner la liste,
surtout par un scrupule de collectionneur, disent assez haut combien ces
tentatives ont été relativement incomplètes. Il y a quelques années, une
circonstance heureuse vint mettre M. Meissonier en rapport avec le plus
habile photographe que nous ayons en France, et depuis ce jour nulle
toile, nul panneau ne sort de l’atelier de Poissy et n’entre dans le cabinet
de l’acheteur, qu’après avoir laissé son image dans l’appareil de M. Bin-
gham. C’est de cette suitede reproductions photographiques, qui compte
aujourd’hui environ cinquante clichés d’une importance sans conteste et
d’une réussite admirable, que nous nous proposons de parler aujourd’hui.

Nous allons d’abord citer rapidement les reproductions, toutes anté-
rieures, du reste, à cette publication.

GRAVURES ET LITHOGRAPHIES.

M. Henriquel Dupont répondait un jour à M. Meissonier, qui témoi-
gnait le désir de lui voir graver une de ses compositions : « Mon cher
maître, lorsqu’un graveur regarde un tableau, il se demande tout
d’abord qu’est-ce qu’il pourrait supprimer de cette peinture. Quand
j’étudie une de vos œuvres, je m’aperçois tout de suite que je n’en pourrai
rien supprimer. » Cette opinion du plus habile et du plus estimable gra-
veur de notre époque n’est pas seulement en elle-même une excellente
leçon pour tous les graveurs, elle formule à ravir le dernier mot de
l’œuvre de M. Meissonier. Tout est à rendre parce que tout y est voulu,
parce que tout y a été observé par le regard le plus juste et le jugement
le plus sagace. « Je peins comme tout le monde, répondait-il un jour à
quelqu’un qui voulait forcer la porte de son atelier, seulement je regarde
toujours. Lorsque je peins le pied d’un fauteuil, je me lève au besoin et
je vais en regarder de tout près la forme précise. Savoir regarder est 1 im-
portant. » C’est faute d’avoir «su regarder» dans ses tableaux, que tous
ceux qui ont tenté de les reproduire ont échoué. Ce dessin si net et si
décidé, cette touche fraîche et franche qui modèle les plans avec la jus-
tesse delà nature, ce soin scrupuleux de rendre, avec la forme absolue,
le détail qui caractérise aussi la substance, cette extrême simplicité
loading ...