Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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BULLETIN MENSUEL

DÉCEMBRE 1865

u moment où l’année 1863 nous quitte, essayons de jeter un rapide coup
d’œil sur les édifices auxquels elle a prêté sa collaboration. Partout, aux
quatre coins de Paris, la pierre monte et descend. On démolit sans pitié,
on bâtit sans relâche. Bien que ce mouvement à double face n’intéresse
pas toujours directement l’art, il n’est pas permis de le méconnaître. Les résultats
s’imposent par leur masse, sinon par leur beauté: c’est le Tribunal de commerce, le
nouveau Palais de justice, le palais des Tuileries, les églises de Saint-Augustin et de la
Trinité, la Bibliothèque impériale, l’Opéra, etc. Un aveugle s’y heurterait. Nous, dont
ces bâtiments neufs crèvent les yeux, pouvons-nous passer sans les voir? Quant à les
juger, c’est autre chose. On sait comment les architectes se garent de la critique. Leurs
projets une fois revêtus d’un certain nombre de signatures deviennent des valeurs
d’un cours forcé, des lettres de change acceptables à vue, qu’il est interdit de protester.

Le Palazzino du tribunal de commerce a enfin reçu le baptême de l’inauguration.
Depuis longtemps architectes, sculpteurs, décorateurs avaient fini leur tâche. Seul.
M. Robert Fleury travaille encore. Chargé de peindre quatre tableaux pour la grande
salle, il a achevé les deux premiers : Y Installation des juges consuls en 1563 et le
Conseil du roi en 1673; il met la dernière main au troisième, le Code de commerce
en 1807. Le quatrième doit représenter Y Inauguration du nouveau tribunal.

Une profusion de richesse égaye cet édifice, qui n’est pas le palais du commerce,
mais le théâtre de ses exécutions. On n’aperçoit que pilastres à fûts brodés d’arabesques,
colonnes, léopards rampants, cariatides, masques de joyeux satyres, têtes de femmes
souriantes, statues gracieusement chiffonnées. De folles découpures courent en sara-
bande le long du toit. Au-dessus apparaît le dôme, cherchant sa place sans réussir à la
trouver, et ses mornes œils-de-bœuf rappellent le regard effaré du convive qui ne sait
pas où s’asseoir.
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