Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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QUELQUES COMPOSITIONS LE GÉRICAULT

REPRODUITES EN FAC-SIMILE PAR M. COLIN 1

onserviîr le souvenir et répandre la connaissance de quelques-unes des
compositions les plus importantes de Géricault, telle a été la pensée qui
a présidé à la création de cet ouvrage qui ne peut manquer d'être con-
tinué. Le succès suit toujours les œuvres élaborées avec désintéresse-
ment et conscience, deux conditions exceptionnelles de réussite que
nous laissons M. Charles Clément faire connaître aux amateurs en publiant l’avis qui
accompagne cet album. — e. g.

« Un mot seulement sur cette publication. En dressant les catalogues de l’œuvre de
Géricault qui doivent accompagner un travail que je prépare sur ce grand peintre, j’a-
vais été frappé de l’importance d’un certain nombre de dessins conservés dans les col-
lections privées, et presque inconnus du public. Quelques-uns de ces dessins sont des
compositions mûries, arrêtées, accomplies, et telles qu'une exécution plus avancée
n'aurait guère pu y rien ajouter; d’autres ont un caractère évident d’ébauche. Ce sont
les premières pensées de projets qui occupaient cet étonnant génie lorsque la mort l’a
surpris. On connaît de Géricault : le Radeau de la Méduse, le Chasseur à cheval et
le Cuirassier blessé du Louvre; puis des études de chevaux et quelques tableaux de
genre. Dans tous ces ouvrages il a mis sans doute du style, et son style à lui, sa marque
indubitable et puissante, la griffe du lion. Mais plus il avançait dans la vie et dans l’art,
plus il cherchait à donner à sa pensée une forme élevée, absolue, plus il éliminait les
déments purement pittoresques qui abondent dans ses premiers ouvrages. Il nous a
semblé que la publication de quelques-uns de ces dessins où l’originalité de l’artiste se
dégage dans toute sa force, pourrait servir à faire complètement apprécier les grands
aspects de son talent. J’ai communiqué cette pensée à quelques amis : MM. His de La-
salle, Gleyre, de Triqueti, Eudoxe Marcille, Valton. Ils l’ont trouvée bonne. Nous
avons réuni la petite somme nécessaire, et nous avons eu la fortune de pouvoir faire
exécuter les six fac-similé qui composent cette livraison par un artiste de beaucoup
de talent, M. A. Colin, habitué de longue date à des travaux de ce genre, et qui, dans
une publication précédente, a prouvé qu’il savait mieux que personne reproduire le
dessin accentué et savant de Géricault. En agissant ainsi, nous avons tourné fouies les
difficultés qui préoccupent avec raison les éditeurs. Nous n’avons pas besoin du suc-
cès, et, en gens avisés, nous nous sommes arrangés pour perdre notre argent. Nous
restons maîtres du choix des dessins, de l’exécution des lithographies, et aussi d'exiger
des conditions excellentes de fabrication qui assurent au moins quelque durée à notre
modeste ouvrage. Hélas! nous le savons, l’art que Géricault représente avec tant d’éclat
n’est pas à la mode, et ce n’est pas en publiant de pareilles estampes qu’un éditeur
ferait fortune. »

1. Dessins de Géricault, lithographiés en fac-similé par M. Colin, publiés par line société d artistes et d’a-
mateurs, chez I.econte, éditeur, boulevard des Italiens, n° ">.
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