Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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GRAMMAIRE

DES ARTS DU DESSIN

ARCHITECTURE, SCULPTURE, PEINTURE

LIVRE TROISIÈME.

PEINTURE.

XIII.

LE COLORIS ÉTANT CE QUI DISTINGUE PLUS PARTICULIÈREMENT
LA PEINTURE DES AUTRES ARTS,

IL EST INDISPENSABLE AU PEINTRE DE CONNAITRE LES LOIS DE LA COULEUR
DANS CE QU’ELLES ONT D’ESSENTIEL ET D’ABSOLU.

S’il y a tant d’affinité entre le clair-obscur et le sen-
timent, à plus forte raison y en a-t-il entre le senti-
ment et le coloris, puisque le coloris n’est autre chose
que le clair-obscur nuancé.

En supposant que le peintre n’eût à exprimer que
des idées, il n’aurait besoin peut-être que du dessin et
de la monochromie du clair-obscur, car avec le clair-
obscur et le dessin, il peut représenter la seule figure
qui pense, la figure humaine, qui est d’ailleurs le chef-d’œuvre d’un
dessinateur plutôt que l’œuvre d’un coloriste. Il peut aussi, avec le des-
sin et le clair-obscur, mettre en relief tout ce qui tient à la vie de l’intel-
ligence, c’est-à-dire à la vie de relation; mais il est des circonstances de
la vie organique, de la vie intérieure et individuelle, qui ne sauraient être
manifestées sans la couleur. Comment rendre sans la couleur, par exem-
ple, dans l’expression d’une jeune lille, cette nuance de trouble ou de
tristesse qu’exprime si bien la pâleur de son front, ou bien cette émotion
de pudeur qui la fait rougir? À ce trait vous reconnaissez déjà la puis-
sance de la couleur, et que son rôle est de nous dire ce qui agite le
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