Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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JEAN FOUQUET

LE LIVRE D’HEURES

DE MAISTRE ESTIENNE CHEVALIER

REPRODUCTION CHROMOLITHOGRAPHIQUE DES MINIATURES
APPARTENANT A MM. L. BRENTANO, FEUILLET DE CONCHES , A. FIRMIN D1DOT
ET LADY SPINGLE. — PARIS, L. CURMER , ÉDITEUR.

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n 1726, un membre des Académies française et des inscriptions et
belles-lettres, Boivin le cadet, rédigeant des Mémoires historiques sur la
Bibliothèque du Roy, écrivait ces lignes à propos du règne de Louis XI :
«... Il y avait aussi un enlumineur en titre appelé Jehan Fouquet, de
Tours, dont l’habileté paraît surtout dans les tableaux historiques des Antiquités ju-
daïques de Josèphe qui sont dans la bibliothèque de S. M. » Ce Jehan Fouquet, doué
d'une certaine habileté « dans les tableaux historiques, » dont le nom arrivait à point
sous la plume d’un compilateur pour parfaire l’éclat d’un règne, c’est un des ancêtres
les plus vénérables de l’école française, un des maîtres qui marquent avec le plus de
netteté et de vigueur ce qu’elle aurait donné, si un grand courant étranger n’était venu
la troubler immédiatement au-dessous de sa source. Il subit le sort de toutes nos illus-
trations du moyen âge; son nom fut enseveli dans le triomphe des étrangers.

Mais notre génération a la passion de la justice et de la vérité, et c’est l’àme môme
du génie gaulois qui, depuis quarante ans, a servi d’inspiratrice à nos historiens. L’un
des premiers, après la grande bataille romantique, M. de Bastard, dans une lettre à
M. Paulin Paris, revenait sur ce livre étonnant des Antiquités judaïques. Puis, M. Léon
de Laborde, dans la Renaissance des arts à la cour de France, donnait sur le maître
lui-môme des détails importants. Enfin, M. Vallet de Virivillc s’éprit pour Jehan Fou-
quet d’une passion sincère, et recueillit avec autant de sagacité que de patience tout ce
qui pouvait servir à faire connaître l’homme et admirer l’oeuvre. La biographie est loin
d’être complète. Le temps et des mains barbares ont dispersé, lacéré, anéanti comme à
plaisir les panneaux, les portraits qu’il avait peints, les feuillets qu’il avait enluminés.
Nous n’aurons jamais qu’une statue mutilée et qu’une médaille fruste, mais telle qu’elle,
lorsque la France, plus soucieuse de ses grands hommes, aura dressé l’inventaire de sa
gloire, la figure savante et fière de Jean Fouquet tiendra le haut rang dans la galerie.
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