Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

Page: 493
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1866_1/0508
License: Public Domain Mark Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
BULLETIN MENSUEL

AVR] I, 1 866

L’école des beaux-arts.

ujourd’hui recommencent les assises annuelles de l’art contemporain.
Le palais des Champs-Élvsées est en fête. Heureux palais, ou plutôt
heureux bazar! Chaque saison, presque chaque mois y ramène une fête
nouvelle. Après les merveilles du Musée rétrospectif, les chefs-d’œuvre
de la basse-cour ; après les gloires de l’écurie, les triomphes et les
hontes de la peinture française. La même foule y revient à jour fixe, conduite par le
même sentiment de curiosité banale, et payant volontiers au même prix les plaisirs dif-
férents qui l’y attirent tour à tour.

Avant de suivre la foule, et en attendant que M. Charles Blanc nous dise ce que
vaut le nouveau salon, essayons de pénétrer dans un palais plus discret et plus sage
qu’on pourrait nommer le berceau de l’art français, si trop souvent l’enfant ne se fai-
sait un point d'honneur de renier le nid d’où il est sorti. Je veux parler de l’École des
Beaux-Arts.

Là, vous ne trouverez d’autres chevaux que ceux des Panathénées. L’art seul y a
ses entrées, et c’est plaisir de voir chaque grande époque apporter dans ce sanctuaire
ce qu’elle a do plus fier et de plus pur. Le moulage a ressuscité les reliques de la
Grèce antique. Deux salles immenses les contiennent à peine, depuis les bas-reliefs de
Sélinonte, le plus ancien effort de l’art grec, jusqu’à ces œuvres parfaites qu’aucun art
n’a jamais dépassées, le Torse du Belvédère, le Méléagre, le Strigillator, les fron-
tons du Purlhénon, etc. Mais surtout on voit là ce que no possède aucune capitale de
l’Europe, des monuments de l’architecture grecque reproduits dans leur dimension
réelle. Contre le mur sont appliqués un fragment considérable de l’entablement du
Parthénon et un fragment de la cella. A côté se dresse FÉrechtèion avec ses blanches
cariatides, et, plus loin, le monument de Lysicrate. Les voilà, tels que l’architecte les
a conçus et exécutés, sans que le calque du moulage ait réduit une ligne de leurs pro-
portions harmonieuses. Je le répète, ces morceaux sont uniques : ils perpétuent le
souvenir de la mission de M. Le Bas à Athènes. Au surplus, chacune des missions
glorieuses que la France couvre de son nom s’atteste par un monument : celle de
M. Lenormant, par le bas-relief de Triptolème, d’autres, plus récentes, par les bas-
reliefs d’Halvcarnasse et l’étonnante statue du roi Mausole.

il existe donc, aussi riche qu’on pouvait le rêver, ce musée de la sculpture grecque
réclamé par M. Vitet dans ses Éludes sur T Histoire de l’Art, il existe pour l’étude, sinon
pour le public, et l’art français peut désormais s’inspirer aux sources originales de la
beauté et de la grâce. Aucune retouche, aucune réduction ne flétrit l’œuvre primitive.
loading ...