Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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GAZETTE DES BEA UX-ABTS.

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aujourd’hui pour en parler avec quelque détail. On me permettra d’y revenir et d’ana-
lyser alors un lumineux rapport de M. Yinet. Je me bornerai a signaler le don fait à
la Bibliothèque par M. Guénebaud de sa collection de moulages d’après les ivoires et
les bois sculptés du moyen âge et de la renaissance. Des vitrines ont reçu cette col-
lection, à côté de celles qui réunissent, d’une part, les empreintes des sceaux, de
l’autre, les empreintes des pierres gravées antiques. Au milieu de la salle de lecture
se dressera bientôt un précieux et curieux monument remarqué à la dernière expo-
sition de l’Union des Arts, je veux dire la reproduction d’un des côtés de la salle des
Deux Sœurs à l’Alhambra, exécutée avec une admirable fidélité de réduction par un
artiste espagnol. Le Parthénon et l’Alhambra, entre ces deux modèles les jeunes archi-
tectes pourront choisir selon leur goût.

A toutes ces richesses que possède l’École des Beaux-Arts, il manque une chose :
d’être connues et de pouvoir l’ètre. La réunion de tant de beaux modèles en un lieu
d’enseignement répond-elle suffisamment à son objet parce que les élèves admis à
l’École peuvent les étudier à toute heure? Au point de vue strict et légal, oui; — au
point de vue libéral, non. Dès que l’État s’impose un sacrifice, ce sacrifice doit pro-
fiter à tous. La publicité est la première condition des collections nationales. Les ar-
tistes restés en dehors de l’École, les érudits, les travailleurs de toutes les classes, ont.
non pas un droit égal, mais un intérêt égal à prendre leur part du banquet. Est-il
juste de les en priver, et de n’admettre à une table si abondamment servie qu’un petit
nombre de convives? Ah! du moins, qu’on nous laisse en goûter une fois par se-
maine. Ce sera assez pour ne pas mourir de faim. Le dimanche est le jour de repos
des élèves. Qu’il devienne, là comme ailleurs, le jour d’étude du public. Une question
de personnel pourrait seule s’opposer à une mesure qui est dans les vœux de tous.
Mais cette question tombera d’elle-même le jour où le directeur de l’École voudra ce
qu’il désire dès à présent. Mieux que personne, M. Guillaume comprend tout ce que
l’École et le public gagneront à se voir, à se fréquenter, à se connaître.

Qui sait? dans cette humble requête, dont je me fais l’écho, il y a peut-être une
grande question d’avenir. L’École des Beaux-Arts, mieux connue, deviendra le centre
' de toutes les affections des amis de l’art. En s’habituant à voir les reproductions des
chefs-d'œuvre de toutes les époques, on apercevra de plus en plus la nécessité de
creuser un fossé profond entre l’art qui s’inspire aux mêmes sources, qui veut suivre
les mêmes traces, et l’art qui vit pour vivre. L’École, agrandie par les embellissements
du nouveau Paris, ouvrira aux artistes dignes des maîtres un asile inviolable. Le salut
des expositions est dans la séparation des contraires. Aux Champs-Élvsées, les exhibi-
tions libres et marchandes. A l’École des Beaux-Arts, le Salon. Là du moins on n’aurait
pas à craindre l’invasion de la basse-cour ou de l’écurie. L’art serait chez lui, et il
resterait fidèle à lui-même.

LÉON LAGRANGE.

Le Directeur : 'ÉMILE GALICHON.

PARIS.

J. G'LAYE, IMPRIMEUR, RU 1S S A I N T - B 1S N O I T , '
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