Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

ot aussi par l’intérêt des sujets qu’il choisissait de façon à se ménager l’appui des goûts
littéraires du moment. Plus tard, il se tourna vers les sujets religieux, et ses œuvres
les plus populaires sont, peut-être, deux tableaux qui représentent, l’un, le Christ bé-
nissant les petits enfants, l’autre, le Christ pleurant sur Jérusalem.

En 18A1, la position do M. Eastlake changea complètement, et une nouvelle car-
rière s’ouvrit devant lui. Depuis ce moment il abandonna presque entièrement ses pin-
ceaux, et l’artiste dut faire place à l’écrivain, à l’administrateur. Quand il s’agit de
former une commission royale chargée d’aviser aux meilleurs moyens de décorer le
nouveau palais du parlement, sir Robert Peel désigna M. Eastlake pour en être le se-
crétaire.

La commission ne s’est séparée qu’en 1863, et, pendant ces vingt-deux années,
M. Eastlake prit la part la plus active à ses travaux, on peut dire même qu’il lui dut la
meilleure part de sa réputation littéraire, puisque c’est par suite de ses relations avec
* elle qu'il fut amené à écrire ses Matériaux pour Vhistoire de la peinture à l’huile,
et les nombreux appendices qu’il a publiés à la suite des rapports de la commission.
On lui doit, en outre, des Notes sur le manuel de Kiigler, et une traduction du traité
de Gœthe sur la couleur.

Le prince Albert, président de la commission royale, sut apprécier les mérites de
son collaborateur, et peut-être ne fut-il pas étranger à sa nomination, en 1843, au
poste de conservateur de la Galerie nationale, où il resta jusqu’en 1847. En 1850 il fut
appelé, par le suffrage de ses confrères, à présider l’Académie royale. Charles Eastlake
devint, suivant l’usage, sir Charles Eastlake. Enfin, en 1855, Tadministralion de la
Galerie nationale ayant été réorganisée sur un nouveau plan, grâce à l’influence du
prince-époux, sir Charles fut placé à sa tête avec le titre de directeur. Sous son gou-
vernement, cette collection a fait des progrès immenses auxquels son nom restera jus-
tement attaché. Il n’est pas douteux que la confiance inspirée par son activité et ses
lumières ne soit entrée pour beaucoup dans la libéralité avec laquelle le parlement a
voté les fonds destinés aux acquisitions. Il suffit de jeter les yeux sur la liste qui suit
le catalogue de la Galerie, pour voir dans quelle mesure l’importance des achats s’ac-
croît à partir de 1855. Sir Charles s’est attaché surtout à compléter les lacunes de la
collection qui lui était confiée; dans ce but, il a recueilli les œuvres de ces maîtres
primitifs d’Italie dont on voit une si admirable collection à l’Académie de Florence. Il
y a réussi d’une façon inespérée. Toutes ces vieilles écoles sont maintenant plus ou
moins complètement représentées à Londres. Cimabue, Margaritone d’Arezzo, Masac-
cio, Gaddi, Antonello de Messine, Botticelli, Filippo Lippi, Orcagna, Pollajuolo, Lo-
renzo di Credi, Gio, Bellini, cent autres noms plus ou moins illustres, enrichissent le
catalogue; cent œuvres ou curieuses ou admirables sont venues faciliter, par leur réu-
nion, les études du peintre et de l’historien. Le mérite en revient, en grande partie,
à l’homme dévoué qui a consacré les dernières années de sa vie, avec tant d’ardeur et
de zèle, à l’accomplissement de cette tâche; à l’homme qui, au moment même où la
mort est venue le frapper, était encore tout occupé du soin de chercher, afin d en enri-
chir son pays, quelque nouveau chef-d’œuvre.

L’Académie a donné pour successeur, à sir Charles Eastlake, M. Grant (bientôt,
sans doute, sir Francis Grant). M. Grant est bien connu comme peintre de portraits
équestres. C’est le portraitiste ordinaire de l’aristocratie, de ses chevaux pur sang, et
de ses rapides chiens de chasse. On a remarqué, à propos de sa nomination, que, sur
six prétendants, l’Académie compte déjà quatre peintres de portraits; c’est qu’en effet,
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