Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

et nous ont fait penser, non point à la bonne faiseuse ou même au
peintre lui-même, mais au caractère du modèle, aux pensées qu’il est
susceptible de remuer dans son cerveau, à la vie qui lui est habituelle;
en un mot, si l’homme qui est là nous intéresse et sort vivant de son
cadre en s’imposant par ce qui est immortel et qui doit se refléter sur
son visage. C’est là notre point de vue ; qu’on nous laisse faire, nous
sommes trop épris de la peinture pour elle-même pour sacrifier absolu-
ment l’âme au corps.

M. Edouard Dubufe a envoyé deux beaux portraits, un Philippe
Rousseau} solide, ressemblant à crier et d’une excellente physionomie;
son Emile Aucjier manque peut-être d’un peu d’ampleur. Est-ce bien
là le petit-fils de Pigault-Lebrun, le créateur du baron d’Estrigaud?
Après son beau portrait de l’année dernière, on attendait M. Bastien-
Lepage à son second essai; l’œuvre ne nous a pas causé de déception,
mais il nous semble qu’elle a eu moins de succès que celle de l’heureux
début. C’est toujours un avantage pour un artiste d’avoir pour modèle
un homme en évidence; cette année, c’est le beau-père de la Constitution
elle-même qui posait devant l’artiste. M. Wallon, qui nous a mis à tous
quelques couronnes surlefront, — il y a vingt ans, hélas ! — en appelant
l’Université de France aima mater, sans avoir rien d’énergique ni de
bien précis dans le caractère, a ce qu’on appelle une tête en terme d’ate-
lier. Tout l’accent de la physionomie réside dans les yeux pâles comme
une faïence de Moustier, et dans le teint très-légèrement plombé. C’était
là l’écueil, et l’artiste est tombé dans le piège que lui tendait la nature;
monter d’un demi-ton au-dessus de ce teint-là et exagérer d’un quart de
ton seulement la pâleur des yeux, c’était verser dans un excès qui pou-
vait être fatal au tableau. Les mains de M. Wallon, aussi bien que celles
du personnage de l’an dernier qui avaient fait prononcer le nom d’Hol-
bein à quelques connaisseurs, sont exécutées d’une façon savante et
large. M. Feyen-Perrin nous a donné M. Alphonse Daudet, l’auteur de
Fromont-Risler} du Petit-Chose, de l’infortuné Jack} et de tant de tou-
chantes poésies et nouvelles. C’était là un modèle qu’un portraitiste eût
choisi « pour la gloire » et pour le plaisir de le peindre. M. Feyen-
Perrin, qui a fait de grands progrès et dont on avait placé un peu trop
haut la jolie toile, claire et conçue dans une jolie gamme, qu’il intitule
Les Cancalaises, est resté un peu au-dessous de ce qu’on pouvait attendre
de lui. 11 a fait un bon portrait, je n’y contredis pas, mais c’est insuffi-
sant; les yeux profonds et vifs, légèrement bistrés, pourraient s’accuser
plus vivement, la barbe n’est absolument pas rendue.

Mlle Jacquemart ne nous étonne plus, elle poursuit sa carrière sans
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