Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

Page: 500
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FRANCISCO GOYA

(3« ET DERNIER ARTICLE)

oya était enfin nommé pintor ciel Iîey, le
29 juin 1786, avec quinze mille réaux d’ap-
pointements. Aussitôt l’heureux artiste annonce
cette bonne nouvelle à son ami Zapater par une
lettre où déborde ce ton d’ironique bonhomie
qui est le propre de sa tournure d’esprit. Après
s’être étendu plaisamment sur le récit d’une
récente culbute de voiture dont il ne s’est tiré
qu’avec une forte foulure à la jambe, — Goya
essayait ce jour-là, pour faire honneur à sa nouvelle fortune, un diable
de cheval gitano, attelé à un bijou de birlocho, manière de cabriolet à
deux roues, haut perché, verni, doré, pimpant au possible « et comme
on n’en comptait encore pas plus de trois dans Madrid », — l’artiste
termine son amusante épître par quelques réflexions qui sont autant de
traits de caractère.

(( Je m’étais pourtant arrangé, — écrit-il à son ami en maudissant
la malencontreuse foulure qui l’empêche de peindre, — je m’étais pour-
tant arrangé un train de vie vraiment bien entendu. Je ne faisais anti-
chambre nulle part et pour personne au monde. Quiconque avait à faire
de moi me devait chercher, et, au cas qu’on me joignît,j’agissais de
façon à me laisser toujours prier un peu. Je n’avais garde non plus
d’accepter d’emblée aucune commande, sauf lorsqu’il s’en allait de
plaire à quelque personnage de marque ou que je croyais devoir me
rendre à la pressante sollicitation d’un ami. Eh bien, plus je m’appli-
quais à me faire inabordable, plus on me recherchait (et chaque jour
cela ne fait que croître et embellir), aussi suis-je pressé à ce point
que je ne sais à cette heure ou donner de la tête, et surtout comment

1. Voir Gazette des Beaux-Arts, 2e période, (. XII, p. 506, et t. XIII, p. 336.
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