Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

Page: 353
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1876_1/0377
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
CÉRAMIQUE

LES CINQ VIOLONS DE FAÏENCE

I.

l faudrait avoir vu Rouen il y a
une quarantaine d’années, et par-
ticulièrement la rue Eau-de-Robec,
pour se rendre compte du pandé-
monium bizarre d’un endroit ex-
clusivement réservé aux étalages
de fripiers, de bouquinistes et
autres marchands de choses déla-
brées. L’habitation de ces gens
était d’accord avec la montre de
leurs boutiques. Nulle part, dans
la cité normande, ne se profilaient
autant de maisons à pignons, la
façade ornementée de traverses
de bois séparées par des bandes
de revêtements d’ardoises; une
bonne moitié des saints de la Légende dorée, mêlés d’une façon inconve-
nante à des grimaciers, semblaient avoir posé pour les sculpteurs en bois,
qui avaient taillé, avec un égal enthousiasme, les faces sacrées et les
faces profanes, à l’extrémité des poutres supportant les auvents de ces
vieilles bâtisses. Aux fenêtres des masures branlantes, apparaissait parfois
une tête d’enfant souriante, le plus souvent quelque vieille ridée. La
lézarde était reine dans cette cour des miracles de maisons déjetées.
Les bois se disjoignaient pour faire place à la poussière ; les toits
saluaient le passant d’une façon inquiétante; au moindre souille de vent
les ardoises s’en détachant se brisaient aux pieds ou plus volontiers sur
la tête des passants.

XIV. — 2e PÉRIODE.

45
loading ...