Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

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LES ÉDITEURS CONTEMPORAINS: HACHETTE.

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procès du bois qui, bien traité, charme l’œil par le gras de ses lignes
et la douceur de ses colorations, mais, pour nous qui subordonnons tout
à l’exactitude du dessin, nous ne pouvons oublier que ce procédé rem-
place l’interprétation première, la pensée de T artiste-créateur, de celui
qui a fait le dessin, par une interprétation de graveur. Si habile que
soit ce dernier, sa main ne peut doubler servilement celle du dessina-
teur, ni son œil voir de la même manière : il en résulte que l’image
court tous les risques d’une traduction. Avec le soleil ces inconvénients
disparaissent : laissant de côté tout amour-propre de graveur, cet astre
n’est jamais tenté de substituer sa personnalité à celle de l’artiste qui
lui demande sa collaboration. L’héliogravure a d’autres avantages : elle
permet de dessiner en grand ce qui sera gravé en petit, de telle sorte
que le dessinateur conserve une liberté de main plus complète pour
étudier les formes et fouiller les détails de son modèle. Parmi les
200 beaux dessins que M. Jules Jacquemart a faits pour Y Histoire du
mobilier, la plupart eussent été impossibles à rendre tels quels, s’il eût
fallu les crayonner dans le format du livre. La photographie s’est chargée
de les ramener aux dimensions voulues.

Nous n’avons pas à nous étendre sur la valeur artistique de ces
dessins que l’auteur appelle très-justement des eaux-fortes typogra-
phiques, nous en publions un aujourd’hui; d’autres seront mis prochai-
nement sous les yeux de nos lecteurs, pour accompagner le travail de
M. Bonnaffé; l’œuvre même se chargera de glorifier l’ouvrier que nos
lecteurs connaissent, du reste, de longue date, et qui, par ce magnifique
effort, a gagné la cause qu’il avait à cœur de plaider : celle des procédés
héliographiques.

On en conviendra, nous l’espérons, la maison qui a édité tous les
beaux et bons livres dont nous venons à peine d’esquisser le catalogue,
mérite bien les éloges que nous lui avons décernés. A l’envisager au
point de vue commercial, elle fait également grand honneur à notre
pays, dont elle répand les gloires intellectuelles dans le monde entier,
en même temps qu’elle est d’un grand profit pour le travail national, car
on peut évaluer à trois mille personnes le nombre des collaborateurs de
divers états qui vivent des travaux commandés par elle. Ces travaux, ce
sont plus de quatre mille volumes composés par huit cents auteurs et
illustrés par cent cinquante dessinateurs secondés de deux cents gra-
veurs. Nous terminerons sur cette phrase qui emprunte toute sa valeur
à l’éloquence des chiffres.

ALFRED DE LOSTALOT.
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