Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 21.1880

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ADRIEN BRAUWER.

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paysan dort, les coudes appuyés sur la table. Placé en face du dormeur,
un de ses camarades allume sa pipe à un réchaud où brûlent des char-
bons. Plus loin, un amoureux embrasse une femme assise sur un banc.
Dans le fond, une petite fille et deux hommes qui causent près de la
cheminée. C’est une scène intime, un peu fermée, et qui n’a peut-être
pas toute la transparence qu’on rencontre ordinairement chez Brauwer,
car on sait que, dans ses intérieurs, il a été un admirable clair-obscu-
riste. Mais l’exécution est généreuse et solide, et surtout la pantomime
du personnage principal, le dormeur du premier plan, est superbement
exprimée. C’est un philosophe sans façon, qui n’aime pas à être gêné
dans ses vêtements. La tête retombant sur la table, le dos arrondi, il
dort avec une sérénité magistrale. Ce rustre alourdi par la victuaille ne
nous montre pas son visage, et il est plein de physionomie. Le tableau
est d’une coloration vigoureuse.

En sortant du Louvre, il faut aller à Munich. Certes, nous ne voulons
pas médire des Brauwer qu’on peut voir dans les autres musées de l’Eu-
rope; mais il est certain que, par suite d’un concours de circonstances
dont nous ne savons pas les causes, c’est à la Pinacothèque que se sont
réunis les Brauwer héroïques, ceux qui donnent comme une vision
rétrospective de la collection que Rubens avait formée. Ces tableaux se
présentent à nous avec l’autorité d’œuvres de premier ordre, et cha-
cune des pages du poème doit être étudiée à part.

Le Chirurgien de village n’est pas le meilleur des Brauwer de
Munich. 11 a son prix cependant. Dans un intérieur rustique meublé de
nombreux accessoires traités de la façon la plus légère, l’opérateur,
coiffé d’une barrette d’un rouge un peu passé, sonde avec un couteau la
blessure d’un paysan qui se prête courageusement à l’expérience et
confie son pied malade aux investigations de ce bourreau naïf. L’effort
de Brauwer semble ici s’être concentré sur la figure du blessé ; l’expres-
sion de la tête est superbe.

Brauwer, qui est un sentimental ironique et qui lui aussi met le
doigt sur la plaie, paraît s’être toujours intéressé aux hardiesses des
adeptes de la chirurgie primitive. Constamment en quête de l’expres-
sion, il l’a souvent cherchée dans la douleur criante. L'Emplâtre est un
étonnant petit tableau. Trois figures seulement, notes vigoureuses posées
sur un fond relativement clair. Un paysan est assis; son bras est nu jus-
qu’à l’épaule; le chirurgien, qui prend son rôle au sérieux, détache
l’emplâtre; un amateur, charmé de ce spectacle, se penche entre les
deux premiers personnages et fait pyramider le groupe. Le malheureux
qui subit l’opération pousse un cri terrible, un cri qu’on croit entendre.
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