La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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ET DE LA CURIOSITÉ

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pour les artistes de son temps et de sa lignée.
Faller prend désormais sa place, modeste, dans
l’histoire du paysage français, histoire établie dans
son ensemble, maisàlaquelle presque chaque année
apporte son complément. Ravier, le peintre lyon-
nais, est entré au Louvre.. En revanche, que sait-
on encore des peintres provençaux? Il est à sou-
haiter que l’intérêt porté récemment à l’œuvre de
Monticelli ramène l'attention sur Paul Guigou, son
compatriote, dont l’œuvre ne dément peut-être pas
les espérances que nous inspire cet admirable
petit paysage qui le représente au musée du Luxem-
bourg. Et que sait-on du Genevois Barthélemy Menn
qui, proche de Corot et de Daubigny, ne peut être
confondu avec aucun d’eux?

Clément Faller nous vint d’Alsace, où il naquit en
1819. Il fréquenta l’atelier de Paul Delaroche, qu’il
quitta pour Eugène Delacroix dont il fut toute sa
vie l’admirateur passionné. Après 1848, il passa en
Amérique, à Saint-Louis où il se marie, à New-
York où il ouvre un atelier. Il revient ensuite en
Alsace, puis se fixe à Orsay, où M. Taine, dont la
mère est sa locataire, s’entretient volontiers avec
lui. C'est alors que Mme Faller écrit, sous l’inspi-
ration de son mari, ce curieux traité de Y Harmonie
des couleurs, où la nature est étudiée avec une
précision et un amour qui font penser à Ruskin.
Les dernières années du peintre furent misérables ;
et, pris de découragement devant son œuvre et de-
vant la vie, il mit lin à ses jours,à l'âge de 82 ans !

L’inquiétude d’esprit qui le porta à cette mort vo-
lontaire, nous la retrouvons dans son œuvre. Elle
laisse quelque incertitude, et il est difficile de dé-
gager des impressions diverses qu’elle nous donne,
je ne dis pas la physionomie de l’homme, mais
celle de l’artiste ; car son tempérament n’est pas à
la mesure de sa sensibilité. Faller est toujours lui-
même sans qu’on puisse dire qu’il se soit réalisé.
Des maîtres qu’il choisit, Delacroix et les paysa-
gistes, il se distingue nettement, parce qu’il réagit
devant les choses autrement que chacun d’eux. Il
reste, toutefois, qu’il ne subordonne pas ces sou-
venirs, puissamment, à son propre parti pris. Aus-
sitôt qu’il s’éloigne des choses, la claire conscience
de ce qu’il est lui manque pour leur imposer son
interprétation. Sans doute, il a pressenti les con-
quêtes imminentes de l’art, prévu Monet et Whist-
ler, la pratique et les théories mêmes de l’impres-
sionnisme. Et, pourtant, il ne fait pas date.

Mais aussi bien, dès qu’on écarte ce souci pro-
prement historique pour se placer directement en
face de son œuvre, l’artiste aussitôt attire, retient,
séduit. S’il n’a pas constitué son propre langage,
il n’a rien voulu de la rhétorique. Poète, il s’est
laissé guider par son sentiment. Épris de lumière
et de couleur, il évoque les choses dans une atmos-
phère fluide et, si j’ose dire, troublante, où il les
enveloppe et les fait vivre. Il ne recule devant
aucune audace pour exprimer ce qu’il sent ; il con-
sent à tous les sacrifices, quand il sait bien quoi
sacrifier et quand même la perfection de l’œuvre y
perdrait. Souvent la solidité des dessous et le mo-
delé, — toujours visibles chez Corot,— faiblissent
quand il ose une extrême abstraction des détails ;
mais le sens de la vie ne l’abandonne point. Sa
sensibilité, souvent inquiète, est toujours active.
Et il faut oublier des faiblesses où 1’®sincérité
n’est pour rien.

Ses figures, — entre Corot, Fantin etWhistler, —
sont souvent exquises. Et l’on voudrait voir dans

un de nos musées cette Châtaigneraie [Orsay) que
le bois de son panneau anime de tons chauds et où
l’on sent l’air vibrant et bourdonnant des journées
d’été.

*

* *

IL faut attendre, pour juger M. Asselin, des.expé-
riences plus concluantes. Il procède sûrement,
demandant aux maîtres d’hier les leçons indispen-
sables, sans forcer un talent qui se forme et hâter
l’heure de la libération.

*

* *

M. Yaltat, sans s’écarter des spectacles de la
nature, a le sens du paysage bien composé. Il en
dispose avec goût les arabesques et procède sa-
vamment à sa « mise en page ». Les masses, sur
cette surface, s’équilibrent bien. Sa touche rap-
pelle, sans la répéter, celle de van Gogh. Et la
couleur est vive, obtenue surtout par l’alliance de
tonalités sœurs. Aussi bien quand les couleurs
s’opposent, la vigueur de l’opposition est-elle
rendue plus vibrante par la délicatesse et les nuan-
ces de chaque ton.

*

* *

Au Lyceurn Club, quelques femmes du monde
nous montrent comment elles ont occupé leurs
loisirs. Et il faut reconnaître que, tout incomplet
que soit son art, Mme P.-P. Plan (Alix), a bien
d’autres raisons de nous retenir.

M. J. Kern a réuni dans son atelier quelques
tableaux récents et je le loue surtout de chercher
dans la nature alpestre les éléments de paysages
composés.

Adrien Bovy.

Académie des Beaux-Arts

Séance du 27 février

Candidatures. — Sont candidats au siège d’Er-
nest Reyer : MM. Gabriel Fauré, directeur du
Conservatoire; Maréchal, Charles Lefebvre, Pes-
sart, Charles Widor et Ben-Tayoux. Le classement
des candidats aura lieu le 6 mars.

Académie des Inscriptions

Séance du 26 février

Le trésor de l’église de Saint-André-le-Bas. —
M. Adrien Blanchet, bibliothécaire honoraire à la
Bibliothèque Nationale, fait une communication
sur l’ancien trésor de l’église de Saint-André-le-
Bas, de Vienne (Isère). Le musée de Lyon conserve
deux camées remarquables : l’un du ive siècle, re-
présentant l’empereur Constant Ier, l’autre du x*,
saint Nicolas.

M. Blancliet démontre que ces camées ornaient
une riche croix du Moyen âge, reliquaire de la
vraie croix, conservée dans l’église Saint-André et
dont Peiresc fit, en 1612, un croquis accompagné
d’une courte notice. Le manuscrit du célèbre éru-
dit provençal contient aussi une description d'un
coffret byzantin, fort intéressant, qui doit avoir
disparu en 1793, en même temps que la croix.
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