La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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ET DE LA CURIOSITÉ

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M. Jules Flandrin : ils constituent le plus im-
portant, le plus significatif ensemble soumis par
ce fier artiste, de puis l’exposition inoubliée de 1908,
à la galerie Druet.

La sculpture, elle aussi, est mal en cour. On
la sacrifie de gaieté de cœur; on l’essaime sous la
coupole, aux alentours des escaliers ; on en meuble
le jardin des Champs-Elysées et la galerie mal
éclairée qui lui fait face. Aucune règle pour déter-
miner l’affectation des places ; un inconcevable
dédain livre tout à l’arbitraire du hasard, au ca-
price de l’aventure. Et tenez pour certain qu'il
n’est pas, en ce Salon, de tableau comparable pour
l’intérêt, au Buste de Mme Elissieff, par M. Au-
guste Rodin; vous y trouverez exposé, synthétisé,
le système auquel l’ont conduit les leçons de l’ex-
périence et l’instinct du génie; par l’épannelle-
ment du marbre, Rodin entend atteindre l'expres-
sion durable et créer à la lumière de larges
surfaces de jeu et de repos; c’est la tradition an-
tique reprise avec une suprême autorité, pour
l’honneur de notre temps et de notre pays. En dehors
de M. Auguste Rodin, il y a Bartholomé, Dampt,
Camille Lefèvre, Pierre Roche; il y a les vété-
rans, Injalbert, Escoula, Fagel, Lenoir, puis
un groupe d’artistes, pleins d’ardeur et de foi, les
uns en quête de grâce et d’eurythmie (M. Lamour-
dedieu, M. Youlot), les autres qui visent, selon
l’exemple de Rodin, aux simplifications d’un mo-
delé «expressif etlumineux »,et je songe à MM. De-
jean, Halou, Despiau, Schnegg et à MUe Poupelet...

Mais, vous dis-je, il n’est rien qui vaille hormis
la peinture. En révolte contre la rigueur d’un trop
long exil, les graveurs de toutes pointes avaient
obtenu, non sans peine, droit d’accès au premier
étage; on ne leur a concédé qu’un réduit infime et
obscur. Il y a mieux; les régénérateurs dumobilier
se sont vus poliment invités à se garder des partici-
pations encombrantes; vous rencontrerez donc
moins d’ensembles que d’ouvrages isolés: ils s’im-
posent lorsqu’on les doit à M. Eugène Gaillard;
ils trouvent à intéresser quand ils sont de M.
Carabin, de M. Sauvage, de M. Tony Selmersheim,
de M. Jallot et de M. Bellery-Desfontaines. Une
vitrine de M. Clément Mère montre le bois patiné
à délices et revêtant, sous l’action des oxydes,
l’apparenceprécieussdepierresdures Aquelles mé-
tamorphoses la matière docile ne se prête-t-elle pas,
selon la diversité des traitements! L’émail peut
être pris en exemple ; ce sont, côte à côte, des
émaux à reliefs de M. Albert Dammouse, des
émaux peints de M. Graudhomme, des émaux
translucides de M. Thesmar, des émaux japoni-
sants de M. Jacquin, des émaux dont le motif
scintille sur le fond mat du métal rose par M.
Hiitz, et les émaux cloisonnés dont Mme Marie
Tenicheff pare une faune somptueuse et barbare,
imaginaire, féerique comme un conte du Nord.
Maints ouvrages encore attestent un goût délicat et
des mains savantes, et je souscris volontiers à l’a-
grément que peuvent dispenser tel§ grès de M. Dela-
herche ou de M. Moreau-Nélaton, telle reliure de
M. Marius Michel ou de M. René Kiefl'er, tel
cuivre de M. Bonvalet, telle orfèvrerie de M. Mo-
nod, telle écharpe de M. Dufresne et surtout cer-
taine tapisserie de Mme Ory-Robin, Les Fontaines
jaillissantes, digne de tous les enthousiasmes.
Mais quand bien même elle s’attacherait à suivre
et à révéler, année par année, les progrès de la
« dentelle de France», la section des arts appli-

qués doit répondre à des obligations d’une tout
autre portée. L’objet d’usage courant mérite d’y
trouver place aussi bien que la création de luxe
et le bibelot de prix réservés à la seule jouissance
d’une élite. Un exclusivisme aussi partial, aussi
aveugle, ne saurait favoriser la conscience de la
vertu sociologique de l'art ni réaliser le vœu de
ceux qui entendent le mêler intimement au geste
familier afin de l’ennoblir et de tempérer par
quelque douceur la mélancolie de vivre.

Roger Marx.

PETITES EXPOSITIONS

Société de pastellistes français (Galerie Geor-
ges Petit). — Léon Cauvy (Galerie Henry Gra-
ves). — MM. Deltombè, Ottmann, Briaudeau

(Galerie Eugène Blot). — Mm0 Albert Mayer

(Galerie Georges Petit).

Exception faite en faveur du Portrait de S. A.
la Princesse Murat, où l’on trouve quelques-unes
des qualités brillantes de M. Albert Besnard, on
peut dire que les portraits sont médiocres à l’ex-
position des Pastellistes actuellement ouverte à la
Galerie Georges Petit. Quels que soient les méri-
tes qu’on y peut trouver, mérites de bienfactureou
de ressemblance, ces portraits n’ont rien de plus
qu’il ne faut pour contenter la clientèle; ils appar-
tiennent à un genre qui ne se renouvelle guère et
où rien ne paraît des recherches multiples, inquiè-
tes, parfois inquiétantes, mais nécessaires et vi-
vantes, de l’art contemporain. Serait-ce que ces
recherches sont incompatibles avec les exigences
d’un portrait ? Je ne le crois pas. Mais le public a
ses habitudes ; les artistes s'y rangent trop facile-
ment. Bien peu sont avant tout soucieux de la qua-
lité du succès et la plupart acceptent d’être applau-
dis pour des travaux adroits, soignés, où l’art est
pour peu de chose.

Les paysages ne valent guère mieux que les
portraits. Les pastellistes ont leurs habiletés, leurs
réussites, que l’on admire, et qui semblent dispen-
ser du reste. Les Parcs et les fantaisies galantes
de M. Guirand de Scévola ne sont que séduisants;
les paysages provençaux de M. Montenard ont une
lumière bien conventionnel, toujours la même;
ceux de M. G. Guignard sont bien mous! Il y a
plus de conscience dans ceux de M. René Billot te
{La Route des tarrières à Argenteuil. et dans
ceux de M. Léon Lbermitte, sobres, chauds et vi-
brants. Chez M. Lhermitte le pastel n’est pas un
procédé plus commode, plus rapide. Il en tire un
parti défini; on sait pourquoi il l’a choisi.

Cela dit, le meilleur usage que l’on en fasse est
de le considérer comme la continuation immédiate
du dessin. On ne fait en cela que suivre M. Degas.
Le pastel est alors une manière de croquis ou
d’étude sans qu’il y ait d’interruption entre le tra-
vail linéaire et le travail de la couleur. Et ce sont
les études et même les « portraits » de M. Aman-
Jean, où il met le meilleur de lui-même: ce sont
les visages féminins deM. Albert Besnard, ÏHiocr,
le So?nnieil, d’autres encore qui ne sont pas d’une
égale dislinction ; ce sont les fleurs de M. Henri
Dumont ; ce sont les portraits et la nature morte,
discrets et tendres, de M. George Desvallières.
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