La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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ET DE LA CURIOSITE

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moins une place intéressante dans l’œuvre de
Mm0 Guiard ; on la comparera dans ces salons avec
celle de M™° Vigée-Lebrun, qui est représentée
par six morceaux originaires, dont la plupart sont
assez fameux.

Les deux grandes vues des jardins de Versailles,
en 1775, par Hubert Robert, sont aujourd’hui pré-
sentées dans une lumière excellente.

Pour ne citer que les nouveautés que les salles
présentent au public, nous mentionnerons le mé-
daillon en marbre de l’atelier de Pajou, représen-
tant Marie-Antoinette en 17/4, que M. de Nolhac a
récemment fait connaître aux lecteurs de la Gazette,
un gracieux tableau de Mme Filleul, Les Enfants
du Comte d'Artois, le portrait du sculpteur Julien
par Roslin, nouvellement acquis par le musée, et
celui du peintre Ducreux par lui-même (don Mühl-
bacherj.

D’autre part, la série des salles précédentes, ren-
fermant les portraits de l’époque Louis XV, a été
entièrement remaniée à l’exception des deux salons
consacrés aux portraits de Nattier ; les grands
portraits officiels de Louis XV, celui de Parrocel
et J.-B. Vanloo, de 1723, celui de Carie Vanloo, de
1763, et celui de Cozette, de 1769, ont reçu de
somptueux encadrements de style, qu’un don géné-
reux de M. Gordon Bennett a permis de faire exé-
cuter.

Ces beaux cadres, ainsi que ceux des grands
portraits de Marie-Antoinette et de Mesdames,
donnent à ces salles, déjà si intéressantes par leur
contenu, un aspect définitif qui leur avait manqué
jusqu’à présent.

PETITES EXPOSITIONS

Claude Monet (Galerie Durand-Ruel). — Aqua-
relles et pastels (Galerie Bernheim'. — Paul
de Castro et André Roberty (Galerie Graves).

— International art union (Galerie des Artistes
modernes).— O’Gonnor (Galerie A.-A. ILébrard).

— Maurice Eliot (Galerie Devambez).

L’âge respecte la main du précieux paysagiste
Claude Monet. Aucune « série », pas même celle
des prestigieuses Cathédrales, ne vaut, à notre
avis, ces fabuleux Paysages d’eau, qui, en ce
moment, font de la galerie Durand-Ruel la prison
du printemps.

Sur l'eau bleu pâle ou bleu sombre, sur l’eau
d'or fluide, sur la perfide eau verte, les reflets
dessinent le ciel et les rives, et, parmi ces reflets,
s’ouvrent et fleurissent les nymphéas livides ou
éclatants. Plus que jamais, ici, la peinture touche
à la musique et à la poésie; il y a dans ces ta-
bleaux une beauté intérieure, raffinée, pénétrante;
c’est la gloire d’un spectacle et le plaisir d’un
concert. Cette beauté plastique est aussi une
beauté idéale. Citons un poète pour mieux nous
exprimer :

Mainte fleur épanche à regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.

Et, de Baudelaire encore :

Il faudra lui monter des granges
Pleines de moissons, et des fleurs
Dont les formes et les couleurs
Gagnent le suffrage des Anges.

*

* *

Toute œuvre semble brutale après celle-ci, et
cependant, à la galerie Bernheim, le délicat
M. Roussel, l’habile M. Vuillard, les lumineux
MM. Cross et Signac nous sollicitent. Dans tout
cela nulle surprise. Les aquarelles de MM. Cross
et Signac sont toujours brillantes comme des
émaux, ou vaporeuses comme des écharpes.
M. Roussel se répète, et aussi M. Vuillard.
Quelques aquarelles de Cézanne n’eussent rien
perdu à demeurer dans des cartons.

Sur un panneau on a disposé quatre pastels de
M. Degas, dignes du plus sévère musée. On
voit fort bien ces quatre cadres, par l’imagina-
tion, dans l’une des salles de dessins, au Louvre,
voisins de Léonard, de Wattcau et d’Ingres, sous
les tapisseries de Nicolas Poussin.

*

Le jeune talent, déjà fort manifeste, de M. Paul
de Castro se réclame de trois maîtres variés, égale-
ment avouables. Voici des intérieurs versaillais où
passe M. Lobre; voici quelques portraits près des-
quels M. Anquetin s’arrêterait en ami ; voici des
« correctionnelles » qui plairaient à M. Forain.
C’est dire la curiosité de M. de Castro. Curiosité le
pins souvent très heureuse tt dont la présente
exposition donne le témoignage remarquable et le
pittoresque résultat.

M. André Robeity a rapporté du Midi des vues
justes et colorées.

***

Deux cent soixante et une œuvres nous sont
montrées à la Galerie des Artistes modernes, par
les soins d’un Club féminin d’art international.
Cela est bien regrettable; et ces dames, pour la
plupart, manquent de pudeur. Les peintres, en
général, et, en particulier, les femmes-peintres
n’hésitent pas à encadrer et à exposer le moindre
de leurs croquis. Cette façon d’agir est suppor-
table si, à côté de ces croquis, on nous montre
aussi des tableaux. Ce n’est guère le cas ici. Met-
tons toutefois hors do cause la sincère Femme à
sa toilette de M1'0 Poupelet (plâtre), et citons
Mmes Raeburn, Sliawn, Folsom, Cockroft et Gold-
thwaite. Il semble que M1U Boznanska expose
pour la dixième fois les mêmes portraits.

M. O’Connor est un sculpteur dont le talent est
à la fois vigoureux et élégant. Sa tète en pierre
(République) est une fort belle œuvre, d’un travail
simple et décisif, qui rappelle les figures de Char-
tres. L’inspiration très variée de M. O’Connor fait
croire parfois que cet artiste possède des facultés
plus assimilatrices que personnelles; mais je ne
suis pas très sûr de ce que j’exprime ici fort lour-
dement.

* *

Les colorations de M. Eliot sont peut-être par-
fois un peu vulgaires, mais elles ont de l’accent et
de la vérité. Les pastels de M. Eliot donnent
l’impression d’être un peu facilement faits.

Jean-Louis Vaudoyer.
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