Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

de statuaire. Bien que ces trois divisions aient leur expression dans la
langue, l’usage veut qu’on donne le nom général de bas-relief à toutes les
figures adhérentes à un fond, quelle que soit leur saillie, de sorte que les
divisions de la sculpture se réduisent à deux, le bas-relief et la statuaire,
chacune obéissant à des lois qui lui sont propres.

VI.

LA MODÉRATION DU MOUVEMENT ET LA SOBRIÉTÉ DU GESTE
SONT LA PREMIÈRE LOI DE LA STATUAIRE.

Le mot statuaire, dérivé du mot stare, se tenir debout, dit assez
clairement par son étymologie que la première condition d’une statue est
de se bien tenir, d’avoir une assiette solide et ferme. Et de même qu’on
demande à l’architecture la solidité apparente aussi bien que la solidité
réelle, de même la statuaire doit avoir une pondération assez évidente
pour n’éveiller dans notre esprit aucune inquiétude sur son équilibre et
sur sa durée. Mais cet aplomb rassurant que doit avoir toute statue ne
saurait exister qu’avec un mouvement modéré, et le mouvement ne peut
guère être modéré si l’action est violente. Il importe donc tout d’abord au
statuaire de choisir une action simple, peu compliquée, de préférer les
situations durables à celles qui sont purement exceptionnelles et passa-
gères, de n’exprimer que les douces agitations de l’âme ou du moins des
passions intérieures et contenues.

Une statue d’ailleurs est isolée ou groupée avec d’autres. Isolée, elle
ne saurait avoir un mouvement bien prononcé, par cela même que son
action est individuelle. L’homme seul, en effet, ne se meut que modéré-
ment, à moins d’être furieux ou insensé. S’il est calme, il se replie sur
lui-même, il réfléchit; s’il se livre à une action quelconque, cette action
n’a pas àbeaucoup près l’énergie que lui donneraient la présence d’un autre
homme, la contradiction, la résistance morale ou physique, le besoin de
convaincre l’esprit ou de combattre le corps. Lorsque par exception l’homme
isolé est en proie à une activité fiévreuse, il n’appartient plus au do-
maine de la statuaire ; il ne peut plus être représenté que par la peinture.
Rappelez-vous Démosthènes lorsque, possédé par le démon de son élo-
quence, il se promène sur le rivage de la mer, et que d’un mouvement
impérieux il apostrophe les flots irrités. Pensez-vous qu’un de ses con-
temporains, tel que Lysippe, Agasias ou Polyeucte, aurait choisi ce moment
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