Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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LE MUSEE DE CARLSRUHE

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Lorsqu’au printemps de l’année 1862,
six Français (j’avais l’honneur d’être du
nombre) furent députés à Dordrecht pour
assister à l’inauguration de la statue d’Ary
Scheffer, ils eurent l’occasion de pro-
noncer des discours dans leur langue, soit
sur la place publique où se dresse à pré-
sent l’image en bronze de l’illustre artiste
que la Hollande avait donné à la France,
soit autour de la table hospitalière où
s’étaient réunis fraternellement les repré-
sentants des deux nations. Je n’ai point
oublié la remarquable allocution que, sous
la forme modeste d’un toast, et le verre
à la main, fit, à nos hôtes, M. Ernest
Renan. « Deux grands exemples de con-
stitutions nationales, leur dit-il en sub-
stance, ont été légués au monde mo-
derne par l’antiquité. La Grèce avait formé une fédération de petits
Etats, de simples cités; Rome, par ses conquêtes, centralisa tout l’univers
dans l’empire. La variété grecque n’est-elle pas cependant préférable à
l’unité romaine? La Hollande est petite; mais elle a conservé sa langue,
ses lois, son culte, son art national. Quelle se tienne donc pour plus
heureuse et plus glorieuse d’être restée nation, bien que faible par le
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