Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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LETTRE A PROPOS

I) !•: L A

RESTAURATION DE LA CATHÉDRALE DE SENS

Monsieur le Directeur,


ans un des derniers numéros de votre Chronique des Arts et à propos
d’un Van Dick inconnu, M. Lagrange a donné en courant, par-
dessus l’épaule, une appréciation peu bienveillante de la restauration,
en cours d’exécution, de la cathédrale de Sens; comme je suis l’au-
teur de cette restauration, c’est-à-dire le prétendu coupable si som-
mairement jugé et condamné par votre rédacteur, j’espère que vous voudrez bien me
permettre d’en appeler de ce jugement devant les intelligents lecteurs de la Gazette
des Beaux-Arts.

Voici l’appréciation de M. Lagrange :

« .Je ne vous parle pas — écrit-il à M. Burtv — de l’antique métropole, assez

« surprise de se voir restaurée telle qu’elle n a jamais été.»

Quand on donne publiquement à entendre qu’un artiste a abusé de son mandat en
défigurant, au gré de sa fantaisie, le monument dont il était chargé de faire une restau-
ration consciencieuse, il me semble qujil serait convenable de dire en quoi cet artiste
a manqué à son devoir.

Je vais suppléer à la précipitation, au silence de M. Lagrange, en exposant ici la
question aussi brièvement que possible.

La cathédrale de Sens bâtie, on le sait, à la fm du xn° siècle, ne possédait originai-
rement qu’une chapelle, celle absidale élevée dans l’axe du monument, et encore cette
chapelle ne date-t-elle probablement que du xine siècle. Au xive seulement furent pra-
tiquées les chapelles des collatéraux, opération malheureuse que subirent à cette
époque la plupart de nos cathédrales. A Sens cette adjonction n’eut pas seulement pour
effet d’altérer l’unité de style de l’édifice : les murs qui reliaient les contre-forts ayant été
détruits pour faire place aux chapelles, la stabilité des points d’appui extérieurs se
trouva compromise. D’un autre côté, les voûtes de ces chapelles ayant la même éléva-
tion que celles des collatéraux et la largeur de ces derniers se trouvant ainsi doublée,
le bas comble du xue siècle, qui assurait le parfait écoulement des eaux pluviales,
devint insuffisant. Il aurait fallu, pour abriter les nouvelles constructions, augmenter
dans la même proportion la hauteur du comble primitif; mais, comme cela n’eût été
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