Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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MUSÉE DE L’ERMITAGE.

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qu’on a renvoyé dans les limbes du purgatoire des œuvres qui n'avaient
pas eu le droit de franchir la porte du paradis. Et néanmoins, en voyant
certaines autres attributions maintenues dans le Catalogue, je me demande
si l’on n’eût pas mieux fait d’exercer une sévérité plus grande encore, et
si, en réduisant un peu plus le détail des tableaux, on n’eût pas enrichi
l’ensemble. Quelle grande parole à dire sur une galerie que celle-ci :
« Tout y est authentique! » Qu’importe après cela qu’on eût enlevé
quelques numéros aux lots énormes de Murillo, de Rubens, de Téniers,
de Rembrandt, de Wouwermans? S’il arrivait que l’on demandât la rai-
son d’une sévérité qui peut sembler excessive, nous avons déjà fait la
réponse, et la voici : « Qu’un marchand de tableaux décore des plus
pompeuses dénominations les ouvrages exposés dans ses magasins, les
lois fort indulgentes du commerce lui donnent à peu près le droit d’agir
ainsi; c’est aux acheteurs à se tenir sur leurs gardes. Qu’un amateur
s’imagine posséder dans son salon bourgeois quelque impayable chef-
d’œuvre, pourquoi lui ôter cette innocente satisfaction ? Ce serait presque
aussi coupable que d’ébranler la croyance d’un vrai chrétien ; c’est la foi
qui les sauve, les console et les réjouit tous deux. Mais il en est tout dif-
féremment d’une galerie publique, d’un musée placé sous la sauvegarde
du prince et de la nation, ouvert pour exemple aux artistes, pour ensei-
gnement non moins que pour récréation aux visiteurs du monde entier.
Là, nulle supercherie n’est permise, ignorée ou volontaire, innocente ou
coupable. Point de calcul de marchand, point d’illusion d’amateur. Tout
tableau reçu dans un musée est revêtu d’une sanction, comme la monnaie
qui a la garantie de sa valeur dans l’effigie du prince. Il n’y faut donc
admettre aucun objet de bas aloi, rien qui soit entaché d’alliage, pas de
fausse monnaie enfin. Voilà pourquoi, en général, pouvant se montrer
indulgent partout ailleurs, il faut être, dès qu’il s’agit d’une galerie
publique, d’une rigidité en quelque sorte impitoyable. »

LOUIS VURDOT.

[La fin prochainement.)
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