Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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TROYES ET SES EXPOSITIONS D’ART.

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cathédrale, dont la tour imposante domine tous les édifices de la cité.
M. E. Millet vient de reprendre en sous-æuvre et de restaurer avec un
grand talent le chevet du xme siècle qui menaçait ruine. Les Troyens
prétendent que l’on a changé du tout au tout les arcs-boutants et les
contre-forts du chœur qui n’appartenaient qu’à une restauration exécutée
au xive siècle. Nous savons M. E. Millet trop scrupuleux pour n’avoir rien
inventé que de justifiable; mais la province voit généralement d’un
mauvais œil les travaux des architectes du gouvernement, et trouve que
leurs travaux ne sont pas toujours faits suivant ces principes que
M. Didron a formulés d’une façon si concise : « Il vaut mieux consolider
que restaurer : restaurer que refaire. »

Dans la chapelle de la Vierge, une Vierge de Simart, qui était né à
Troyes, surmonte un autel en marbre élevé à grands frais en gothique
troubadour par un architecte en renom. La chose a coûté A7,000 francs
et ne peut servir. S’il se fût agi d'un autel à Jupiter ou à Vénus, l’œuvre
eût sans doute été réussie.

Après la superbe ordonnance du chevet de la cathédrale et les
vastes proportions de ses cinq nefs, nous en noterons les vitraux. L’his-
toire de la peinture sur verre y est tracée en magnifiques spécimens
depuis la fin du xue siècle jusqu’au xvne siècle. Du reste toutes les
églises de Troyes sont des musées de vitraux, et l’on saura bientôt les
noms de ses artistes auxquels on les doit. Déjà M. l’abbé Goffmet, cha-
noine du chapitre de Troyes et possesseur d’un beau cabinet dont nous
parlerons tout à l’heure, a publié, dans les Annales archéologiques,
un très-intéressant mémoire sur les peintres-verriers de Troyes. D’un
autre côté, M. Le Brun-Dalbanne prépare un ouvrage sur les artistes
troyens à l’aide de ces documents encore inexplorés que possèdent les
archives et les anciens comptes des fabriques.

L’église Saint-Urbain, que le pape Urbain IV fit élever sur l’emplace-
ment de la maison où il était né, ne possède que des vitraux en grisailles ;
mais c’est une construction du xive siècle dont l’étude est fort intéres-
sante, parce que les dimensions des parties vives de l’édifice y sont réduites
à la limite du possible. Son porche et quelques-uns de ses principaux
éléments ont fourni de précieux spécimens de l’architecture du xive siècle
au Dictionnaire cl'architecture de M. E. Viollet-le-Duc.

C’est dans l’église Saint-Jean que P. Mignard fut baptisé. Au moment
de ses plus grands succès, le rival de Ch. Le Brun y envoya un grand
tableau représentant le saint patron de l’église baptisant le Christ. Ce
tableau décore le retable du maître-autel, vaste ordonnance du xvne
siècle, dont les colonnes supportent un fronton garni d’un tableau trian-
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