Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

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Rappelez-vous une spirituelle charge d’Henri Monnier, placée en tête
d’un des Salons de M. Jal. Le critique est toujours plus ou moins cet
homme effaré qu’éveillent au milieu de la nuit les Agamemnons, les
maréchaux de France, les Samaritaines, et les chasseurs armés de leur
gibier. Seulement aujourd'hui les Agamemnons sont remplacés Dieu sait
par quels magots. Tant de fantômes se dressent autour de nous, nous
pressent de toutes parts, nous assiègent, nous forcent la main! Ils atten-
dent, les uns arrogants et superbes, les autres humbles et doux, ceux-ci
reconnaissants du passé, ceux-là tremblants pour l’avenir. Ils veulent
tous un regard, un avis, un éloge. 11 faut répondre : à ceux-ci les cri-
tiques violentes, à ceux-là les encouragements peut-être excessifs, à tous
une parole qui témoigne de l’attention donnée à leur œuvre. Et cepen-
dant les lignes s’ajoutent aux lignes, les pages aux pages. Le temps
s’écoule, le Salon ferme ses portes, les tableaux se dispersent, et nous
restons encore à entretenir nos lecteurs d’un spectacle disparu, dans une
salle vide, devant un rideau tombé et une rampe éteinte. Alors, le tra-
vail achevé, commence le remords. Le chapitre des oubliés crie ven-
geance, et, parmi eux, les plus dignes de tous, ceux qui emploient leur
talent à couvrir d’œuvres sérieuses les murs de nos édifices publics.

Cette revue de l’art monumental, nous ne voulons pas l’entreprendre
aujourd’hui. Il est trop tard. D’ailleurs il nous paraît aussi difficile de
suivre M. Budan à la Guadeloupe, que M. Chaplin dans la salle de bains
de l’Élysée. Tel a peint à Nantes, tel autre à Rouen. Mais de même que
la Gazette entretenait naguère ses lecteurs des peintures exécutées par
M. Gigoux à Saint-Gervais et Saint-Protais, nous sommes heureux que
l’occasion se présente de parler des chapelles que viennent de terminer à
Saint-Sulpice M. Timbal et M. Lenepveu.

On connaît l’église Saint-Sulpice : on sait dans quelles conditions
exceptionnelles de liberté se meuvent les artistes appelés à la décorer.
Ailleurs le style de l’édifice imposera certaines réserves. Les lois de l’har-
monie monumentale obligeront chacun à sacrifier une part de son indi-
vidualité. On pourra regretter de voir le travail divisé en plusieurs mains,
et des inspirations divergentes concourir à une œuvre commune. Ici, rien
de semblable. Construite à une époque où l’art poussait ses libertés jus-
qu’à la licence, l’église Saint-Sulpice n’a d’autre style que celui qui
résulte toujours de la grandeur des proportions. Composée d’un vaste
vaisseau et de larges nefs latérales, sur lesquelles s’ouvrent des chapelles
à peine aperçues d’abord, elle se prête mieux qu’aucune autre à la divi-
sion du travail. Chaque chapelle forme comme un édicule distinct, qui
peut porter telle décoration que l’on voudra, sans que le vaisseau prin-
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