Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 14.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

dentelles et de broderies des xvie et xm11 siècles, touché indirectement
à la question si grave de la participation facile, complaisante et na-
turelle des grands artistes aux travaux de l’industrie. Nous n’avons rien
à retrancher aujourd’hui à ce que nous avancions alors; nous aurions
même beaucoup à ajouter, si depuis quelque temps déjà tout sur cette
matière n’avait pas été dit, surtout par un aimable savant que nous
regrettons tous. On a compris que nous entendons parler du feu comte
Léon de Laborde et de son admirable rapport du xxxe Jury (Beaux-Arts)
de l’Exposition universelle de Londres en 185*2 : un travail qu’on ne
refera plus, qu’on ne lira jamais assez, et où tout le monde qui écrit
sur ces matières a largement puisé depuis. Gros volume de plus de
mille pages, il est encore plus gros d’idées lumineuses, de faits, et des
conseils les plus sages, les plus pratiques. Nous reviendrons une fois
encore sur ce sujet, si bien développé aussi par Emeric David1 et
dernièrement traité magistralement par Edouard Fétis2, pour constater
que l’illustre comte de Laborde prenait ses plus solides arguments, pour
ce qui tient à l’Italie, dans les écrits de Vasari. Une école néocritique
pourtant voudrait insinuer que les Vies des Peintres sont un livre écrit
sans suffisante vérité historique, en vue de déprécier les autres écoles
italiennes de peinture au grand avantage de la florentine, laissant à
chaque page trop désirer des appréciations plus impartiales. Ces critiques
si difficiles nous semblent aussi bien injustes, car, il faut bien l’avouer,
sans l’ouvrage de Vasari l’histoire de la peinture en Italie n’existerait
pas ; toutes les monographies des autres écoles que nous possédons ne
partant que de lui. Ces auteurs n’ont pas seulement pris à Aùisari l’idée,
la forme de son livre, mais très-souvent ils ont largement puisé dans
ses Vies, bien que presque toujours sans même le citer : « Sicut canes
ad JSilum bibentes et fugientes ». Ce reproche on pourrait l’adresser
aussi à des écrivains d’art de nos jours, qui, en pillant sans vergogne
journellement le livre vasarien, ont encore le courage d’en médire.
Nous pourrions citer des exemples fort récents de cette ingratitude.

Pour être juste envers nous-même, nous devons nous reconnaître,
à défaut d’autres qualités, celle bien modeste de lecteur assidu, infa-
tigable de tout ce qui se publie sur l’art italien. Rio, Gruyer, Selvatico,
Ranalli, Rosini, Kruger, Nagler, Waagen, Lanzi, Passavant, Clément,

]. De l’influence du dessin sur la richesse des nations. Paris, Charpentier, 4 852,
in-8°.

2. Édouard Fétis : L’Art dans la Société et dans l’État (Mémoire présenté à
l’Académie de Bruxelles le 6 octobre 1 870).
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