Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 26.1882

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UN FRAGMENT

DU

TOMBEAU DE L’AMIRAL CHABOT

ÉGARÉ A L’ÉCOLE DES BEAUX-ARTS

Slns doute un ami sincère de l’Art ne peut oublier
la disparition des monuments qu’emporta la Révolu-
tion. 11 est semblable à Rachel. Ses regrets sont émi-
nemment respectables. 11 a le droit de gémir et de ne
pas vouloir de consolation quia non sunt. Mais son in-
dignation, pour être légitime et pour prétendre se
produire publiquement, doit être le résultat d’une
étude approfondie. Traînons aux gémonies les Van-
dales de 1793 ; gourmandons les déménageurs du
Musée des Monuments français de 1816. C’est justice,
à une condition : c’est que l’indifférence du Parisien
de 1882 n’égalera pas, en la continuant, la sauvagerie
du sans-culotte de 1793 et la vindicative brutalité du
bureaucrate de la Restauration ; c’est que l’époque qui
s’érige en justicière aura de l’amour et des égards pour les victimes qui
ont survécu ; c’est qu’au moins l’avocat pourra nommer tous les clients
au nom desquels il se lève. Or, qu’aurions-nous à répondre si ceux à qui
nous demandons amèrement compte de tant de chefs-d’œuvre inutilement
sacrifiés, nous disaient : En dépit de nos hécatombes, il en reste encore,
et, faute de les connaître, vous les laissez périr à votre tour.

La statue de l’amiral Chabot est certainement une des plus belles
œuvres de sculpture exposées au Louvre dans la salle de la Renaissance
française. Son éloge n’est plus à faire. Je n’ai pas non plus à revenir sur
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