Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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LA MAJOLIQUE ET LA PORCELAINE.

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après vingt-six ans de séjour en Chine, en parle et la décrit sous sa dé-
nomination actuelle, qui fait encore l’objet de controverses entre les éru-
dits. On a cru jusqu’ici que les premiers échantillons de ce genre d’in-
dustrie furent apportés par des navigateurs portugais dans les premières
années du xvie siècle. Mais cette assertion, maintes fois répétée, se trouve
démentie par ce fait qu’il en est question dans des inventaires royaux
avant le xve siècle. Le roi Charles VII en possédait quelques pièces1, et
le commerce étendu que faisaient, dans le Levant, les Génois et les Véni-
tiens, nous donne à penser que son introduction en Italie ne peut pas être
de beaucoup postérieure, et qu’elle a dû y pénétrer en quantités plus con-
sidérables qu ailleurs, s’il faut prendre pour base le nombre des objets
conservés encore aujourd’hui2. On a la preuve que Laurent de Médicis,
en 1487, reçut en présent du sultan d’Égypte des vases de porcelaine
remarquables par leur beauté et leurs dimensions; et d’autres objets de
même nature sont portés sur l’inventaire de la maison d’Este, en l’an-
née 1493.

Ici, comme preuve de l’honneur qui revient à Alphonse Ier, nous don-
nons le document lui-même, qui est une lettre adressée au duc par Gia-
como Tebaldi, son ambassadeur à Venise, et que nous reproduisons en
entier :

« J’envoie à Votre Excellence un petit plat et une écuelle de porcelaine
contrefaite (ficta), que lui envoie le maître à qui elle les a elle-même com-
mandés. Et ledit maître dit que ce travail n’a pas réussi comme il l'es-
pérait, et il en allègue pour raison qu’il aura donné trop de feu. Le
magnifique seigneur Catharino Zeno, qui était présent et fait bien ses
compliments à Son Excellence, et moi, avons prié ce maître de vouloir
bien faire d’autres plats, en cherchant à le ranimer par l’espoir du succès.
Nous n’avons pu y réussir; et il m’a dit ceci en propres termes : « Je fais
présent à votre duc de l’écuelle, et je lui envoie ce petit plat pour qu’il
ne doute pas de mon désir de le servir; mais je ne veux, en aucune
façon, continuer à jeter ainsi mon temps et mon argent. S’il voulait
faire la dépense, je consentirais à y mettre mon temps, mais je ne veux
plus faire de tentative à mes frais. »

a Je l’ai bien engagé à venir habiter Ferrare, et lui ai dit que Votre
Excellence lui fournira toutes les commodités désirables; qu’il pourra
travailler et gagner beaucoup, etc. Il m’a répondu qu’il est trop vieux,
et ne veut pas s’en aller d’ici. Venise, xvn mai 1519. »

1. Jacquemart et J^eblanl, Histoire de la Porcelaine. Paris, 1861 - 1 863, p. 27.

2. Ibid, p. 383.
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