Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 17.1864

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

21/!

On ne saurait contester l’importance de ce document; il détermine
exactement la date des premiers essais faits dans la fabrication de la
porcelaine, essais antérieurs de près d’un demi-siècle à ceux d’Alphonse II
et de François de Médicis, qui étaient jusqu’ici considérés comme les
premiers. Et ce n’est plus à Ferrare ni à Florence, mais à Venise, à un
maître vénitien et à Alphonse Ier que revient la gloire d’avoir, avant tous
autres, provoqué, favorisé, essayé, non sans quelque succès, la fabrica-
tion de la porcelaine qu’on appelle aujourd’hui tendre, et qui pourrait
aussi bien s’appeler européenne, à la différence de la porcelaine dure,
qu’il faudrait appeler asiatique.

Il ne faut pas opposer le résultat imparfait de cet essai et la cir-
constance qu’il n’eut pas peut-être d’autre suite, puisque l’ouvrier con-
naissait la cause de son insuccès, qui devait bien être celle qu’il alléguait,
c’est-à-dire l’excessive ardeur du feu, alors que cette sorte de porcelaine
demande, comme on sait, une cuisson modérée; et comme il ne donne
d’autre raison pour ne pas continuer les expériences que la dépense, son
âge avancé et sa volonté de ne pas quitter Venise, il nous est permis de
croire, avec une grande vraisemblance, que, s’il avait voulu continuer
ses essais, il aurait atteint le but, comme il paraissait y compter. Quel
était son nom? quelle fut la détermination prise par le duc? Il ne nous
est pas permis de le savoir, faute d’autres documents; mais il est naturel
de supposer que de plus graves préoccupations firent abandonner cette
entreprise, renouvelée plus tard avec succès, comme nous le verrons,
par Alphonse II.

Pendant le gouvernement d’ITercule II, fils et successeur d’Alphonse Ier,
qui dura depuis 153Zi jusqu’en 1559, nous n’avons trouvé aucune trace de
la fabrication des majoliques, sauf dans la première année de ce règne
et dans la dernière, c’est-à-dire en 1559; l’artiste qui travaillait dans
ce temps-là était probablement Pierre-Paul Stanghi de Faenza, et non
pas celui que Fi'izzi a cru découvrir dans certaines additions à la suite de
la chronique d’Équicola, c’est-à-dire un certain Camillo qui « n’avait pas
d’égal pour les majoliques1; » paroles qui tendraient à faire croire qu’il
y exerçait son art depuis plusieurs années, ce dont nous doutons fort
pour les raisons qui seront bientôt déduites.

A Alphonse II était réservée la gloire de suivre les traditions de son
aïeul, avec de tout autres facilités; cinquante-sept ans d’un règne pai-
sible lui permirent de tenter une foule d’expériences dans la sphère de
l’art et de l'industrie. A peine fut-il monté sur le trône, qu’il imprima une

E Mémoires pour servir à ['histoire île Ferrare. vol. IV. p. 376.
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