Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 20.1866

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CORRESPONDANCE DE LONDRES.

Londres, 15 mai.

onsieur le Directeur, vous me permettrez de consacrer d’abord quel-
ques lignes à un homme très-important dans le domaine de l’art, très-
distingué à divers titres, dont, sans doute, la plupart de vos lecteurs
auront su la mort, arrivée à Pise, à la fin du mois de décembre der-
nier. Je veux parler de sir Charles Lock Eastlake, président de l’Académie royale,
directeur de la Galerie nationale.

Il était né, en 1793, à Plymouth, en Devonshire, dans le comté à qui l’Angleterre
doit le plus grand, peut-être, de tous ses peintres, sir Joshua Reynolds, le premier
président de l’Académie. C’est à Plympton, dans la ville même où Reynolds était né
et avait commencé ses études, qu’Eastlake passa quelques-unes de ses premières années
d’école. Singulier hasard, qui rapproche, dès l’origine, deux carrières destinées à se
ressembler en bien des points! Effacez, en effet, la distance que met entre eux le
génie supérieur du premier, vous voyez aussitôt l’analogie do leur rôle dans la vie, de
leur place dans le monde artistique se dessiner d’une manière curieuse. Tous deux
sont lettrés presque autant que peintres, tous deux hommes du monde et bien vus
des gens du monde. Il y a eu nombre d’artistes, et même des plus grands, qui se
sont isolés avec leur pensée, qui ont vécu enfermés dans leur atelier, comme dans
une cellule monastique; soit par sauvagerie naturelle, soit par l’effet d’une orgueilleuse
timidité, ils ont laissé vide la place qui les attendait dans la société, et qu’ils ont vu
occuper souvent par des hommes d’un mérite inférieur. D’autres, au contraire, ont
aimé à se répandre, et ont su se faire accueillir; ils ont servi la cause de l’art, par
leurs relations, par l’agrément de leur commerce, par les qualités aimables de leur
esprit, autant que par leurs œuvres, et ont été ainsi tout naturellement désignés pour
être ses représentants et ses organes officiels. Reynolds, en son temps, remplit admi-
rablement ce rôle; s’en être honorablement acquitté est, peut-être, la principale gloire
de sir Charles Eastlake.

Ce n’est pas que le talent ou le succès aient manqué à sa carrière d’artiste. Après
deux ou trois années passées à l’Académie royale, où il prit les leçons de Fuseli, il
alla, en 181Zi, travailler au Musée du Louvre, d’où il fut bientôt chassé par le retour
de Napoléon. En <1817, il quitta de nouveau l’Angleterre, et visita longuement l’Italie,
la Grèce, la Sicile. Dès 1823 son nom figure au catalogue de l’exposition, où il débu-
tait par quelques tableaux de mœurs romaines. En 1827 il fut nommé membre associé
de l’Académie, et, trois ans plus tard, académicien, après un tableau qui représentait
des pèlerins arrivant, en vue de Rome. Longtemps la faveur publique s’attacha à sa
peinture correcte, lisse, agréable aux gens du monde et aux femmes par son air soigné,
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