Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

Page: 66
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1882_1/0078
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
66

GAZETTE DES BEAUX-A RTS.

quelque mairie de province. Enfin, on a recrénelô les murs et la porte
de la Citadelle avec de petits nierions et de petits mâchicoulis à peine
saillants, vrais cartonnages de théâtre auxquels manque l’illusion. D’autres
points encore de la montagne, comme le corps de garde du grand Canon
cle midi, n’ont pas échappé à l’intrusion de l’architecture cartonnière et
de l’esthétique des confiseurs.

Ces bévues, ces prodigalités destructives du règne passé, ont été
arrêtées avant d’avoir ravagé tout le Caire et ruiné la fortune publique;
mais l’élan est donné, les mauvais exemples sont patents, et, maintenant
que la prospérité renaît, on se demande ce qui pourrait modérer ou diri-
ger ce zèle transformateur. Une sorte de surveillance des monuments
historiques est déjà confiée, par le Ministère des travaux publics, à un
Européen rempli de bonnes intentions, Frantz bey; mais, à en juger par
ce que l’on voit faire encore, certainement ce fonctionnaire n’est pas muni
de pouvoirs assez étendus pour empêcher les restaurations maladroites et
pour arrêter les destructions violentes ou naturelles.

Devant l’ignorance, la cupidité, le mauvais vouloir de la population,
il faudrait des forces collectives dirigées par un Comité des monuments
historiques fonctionnant comme celui de Paris, c’est-à-dire pourvu d'une
autorité suffisante pour balance]- les pouvoirs émanés du Ministère des
travaux publics, si ce dernier en abuse, comme on le voit en France dans
l’affaire du Mont-Saint-Michel. Ce Comité pourrait être composé de fonc-
tionnaires égyptiens et d’architectes européens choisis avec soin pour leur
compétence dans l’art oriental : il y faudrait des hommes tels que M. Am-
broise Baudry, architecte français au Caire, dont nous aurons à parler
plus loin; que M. Mauss, architecte du ministère des affaires étrangères,
qui a passé quinze années en Orient pour des restaurations commandées
par le gouvernement français; enfin, que M. Jules Bourgoin, sous-direc-
teur de l’Institut archéologique du Caire, qui s’est fait connaître par ses
beaux travaux sur les arts arabes. Il n’en faudrait aucun qui, dans ces
questions, fit passer le lucre avant le respect de l’art.

11 est difficile de savoir si ce projet, reconnu d’utilité publique par le
Contrôle européen, trouve une opposition systématique chez les musul-
mans qui, chargés de la gestion et de la garde des monuments religieux,
étaient souvent des premiers à en vendre les dépouilles aux infidèles; mais
il est singulier que ce soient ces derniers qui le demandent en craignant
que leur requête n’arrive trop tard1.

1. Sur l’état actuel des monuments arabes du Caire et sur la formation d’un
Comité des monuments historiques, voir les excellents articles de M. Gabriel Charmes,
dans le Journal des Débats des 2, 3 et 4 août 4 881.
loading ...