Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

définitives. Il est intéressant, en même temps, de classer le plus tôt
possible, dans les divers musées de l’Europe, les monuments non seule-
ment par groupes généraux de nationalités, mais encore par groupes
plus restreints de provinces, de cités, d’ateliers et de familles. L’histoire
de l’art est trop en retard sur la botanique. Sans vouloir ralentir
l’étude purement esthétique des chefs-d’œuvre, il est urgent de pré-
parer la voie à ce qu’on pourrait appeler l’histoire naturelle de l’art. Sans
cesser d’admirer, de contempler isolément, de choisir par une sélection
instinctive ou raisonnée les monuments de telle ou telle époque, de tel ou
lel pays, classifions. Un Linné surgira sans doute pour surprendre le
secret de tant de généalogies obscures et pour disposer dans un ordre
lumineux l’herbier si touffu et encore si confus de nos collections
publiques.

I.

Depuis la dernière réorganisation de la salle de Michel-Ange, à la place
du bas-relief de marbre représentant Robert Malatesta qui a été mis en
pleine lumière comme il le mérite et qui montre dans cette nouvelle situa-
tion toutes ses qualités de fermeté et de couleur, un autre bas-relief de
pierre a été exposé. C’est un ouvrage de second ordre, mais encore très
intéressant, d’un caractère énergique et dur, rappelant l’art du nord de
l’Italie. On y trouve, dans l’exagération du geste et de l’expression, un
reflet de Donatello et de l’école de Padoue en même temps qu’une
influence très prononcée du style de Mantegna. Les plis des draperies,
notamment, sont traités tout à fait dans la manière qui, à la suite du grand
artiste de Mantoue, fut adoptée par toute l’école italienne entre Vérone et
Venise.

Ce bas-relief a été légué au Louvre par M. Charles Timbal. Il a déjà
une histoire et, avant d’arriver sous le toit qui l’abrite, il a subi bien des
vicissitudes et essuyé bien des affronts qu’il est tout d’abord loyal de
raconter. La provenance originelle de la sculpture est matériellement
inconnue. Elle a été achetée à Paris, rue de Clichy, en 1876. Mais l’art
auquel elle appartient démontre surabondamment qu’elle doit provenir de
la Vénétie. Le savant amateur l’avait recueillie comme un curieux spécimen
de l’art lombardo-vénitien de la fin du xve siècle. Les dimensions et la
pesanteur de ce retable de pierre avaient empêché son acquéreur de le
disposer dans l’appartement de la rue de l’Abbaye-Saint-Gcrmain, où il
était parvenu à réunir, pour la seconde fois, une collection précieuse de
monuments de sculpture du moyen âge et de la Renaissance. Le bas-
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