Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

Page: 248
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1882_1/0270
License: Free access  - all rights reserved Use / Order

0.5
1 cm
facsimile
GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

2Z| 8

de bonnes fortunes ! Des armoires et des bahuts sculptés servant de
huches à pain et de poulaillers! des dressoirs, des lits et des chaires histo-
riques, couverts de rinceaux et d’arabesques par les premiers ouvriers
du monde, oubliés dans les galetas et traînant dans la poussière des sa-
cristies ! Du Sommerard arrivait à point, la récolte fut abondante et lui
permit de former ce trésor sans rival, prototype de toutes les collections
de ce genre, le musée de Cluny.

Sauvageot et Carrand sont encore de la même génération. Le premier,
commis aux douanes et musicien à l’Opéra, trouvait le temps de fouiller
le quartier Saint-Antoine et le magasin de Mlle Delaunay. Le second, archi-
viste de la ville de Lyon, organisait ce cabinet célèbre dont les épaves,
longtemps promenées de ville en ville, viennent enfin d’échouer à Dise.

Derrière ces chefs de file marchait une troupe de volontaires ardents,
convaincus : l’antiquaire Montfort, le graveur Tiolier, Brunet-Denon, Panc-
koucke, et toute l’école romantique, avec ses poètes, ses peintres, ses
écrivains, les uns formant des collections plus ou moins nombreuses, les
autres se bornant à recueillir quelque échantillon du moyen âge ou de la
Renaissance. Pendant huit ans (1830-38), Debruge-Dumônil parcourt la
France, la Belgique, l’Angleterre et ramasse en chemin les modèles les
plus parfaits ; Soulages, à Toulouse, rassemble les matériaux d’un recueil
que l’Angleterre allait bientôt nous ravir. Enfin le prince Soltykoff entre
en scène et fonde cette galerie fameuse, qui s’est appelée la Collection
du Prince jusqu’au jour où, jetée sur la table du commissaire-priseur,
meurtrie et décapitée, elle a été recueillie au château de Mello.

Depuis lors, les collections mobilières n’ont fait que se multiplier.
Paris et la province, l’Angleterre et l’Italie, la Belgique et l’Allemagne ont
frappé du pied le sol, et les armoires, les tables, les chaires, les coffres,
les dressoirs sont sortis de terre comme par enchantement. La mode
s’est passionnée à son tour : elle a couvert d’or ces précieux exemplaires
d’un art qu’on ne fait plus ; 25,000 fr. un coffre, 30,000 fr. une table,
75,000 fr. un dressoir. Paris et Lyon se sont livré de furieuses batailles et
préparent de nouveaux massacres autour de la collection Rougier ; quel
prix coûtera la victoire ? Dieu le sait, mais heureux le triomphateur qui
pourra suspendre à son char ces dépouilles opimes !

M. Spitzer avait prévu le mouvement et pris ses précautions. Patiem-
ment, un à un, il avait réuni des spécimens des meilleures écoles et, le
moment venu, la série de meubles prit son rang à côté des autres. Aujour-
d’hui le recueil est complet ; il comprend des dressoirs, des coffres, des
tables, des armoires, des sièges, des boiseries ; c’est un chapitre de l’his-
toire du bois depuis le déclin du moyen âge jusqu’à la fin du règne de
loading ...