Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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LOUIS KNAUS.

31.1

légère, inconsciente et un peu folle qui fait son charme et qui est l’essence
même de sa nature.

La Cinquantaine de M. Knaus est un tableau parfait : ce n’est pas à
beaucoup près une peinture irréprochable. Il fallait une certaine hardiesse
pour hasarder cette critique, au milieu des transports d’admiration qui
accueillirent l’œuvre du peintre de Wiesbaden au Salon de 1859. Elle fut
imprimée ici même1. Nous sommes heureux, après vingt-trois ans écou-
lés, de constater que M. Louis Knaus ne s’en porte pas plus mal; quant à
l’écrivain qui jetait une note discordante dans le concert d’éloges donné
autour de la Cinquantaine, il n’a pas été lapidé : preuve nouvelle de l’im-
punité coupable dont jouissent les critiques d’art et de la mansuétude des
artistes.

« La Cinquantaine, écrivait donc M. Paul Mantz, est assurément un
joli tableau; les intentions spirituelles y abondent, les têtes charmantes y
fourmillent ; on ne peut faire un pas dans ce bal rustique sans se trouver
face à face avec une séduisante fdle du duché de Nassau, avec un enfant
rose et frais sous ses cheveux d’un blond d'or. J’ajouterai que M. Knaus a
tenu compte des objections qu’on lui a faites jadis : il a voulu laisser à
ses figures toute l’importance qu’elles doivent avoir, et il a sagement sa-
crifié ses fonds. Nous nous expliquons donc sans peine le succès qu’obtient
son tableau : et cependant nous hésiterions à affirmer qu’il y a dans
M. Knaus un véritable tempérament d’artiste. Il fait la chasse aux petites
intentions comiques, il est modéré dans son sentiment, et, pour en venir
tout de suite aux gros mots, il est un peu bourgeois dans ses aspirations.
De plus, son exécution, si attentive au soin du détail et si désireuse de
bien dire et de tout dire, manque de hardiesse et de solidité. Je lui sais
gré toutefois de n’avoir pas peur des choses difficiles et de peindre loya-
lement les visages au grand air, en pleine lumière. Et puis dans un
temps comme le nôtre, lorsque les vanités s’affranchissent si vite de toute
pudeur, lorsque les tentations mauvaises sont si puissantes sur les esprits
vulgaires, c’est presque un mérite que de garder la naïveté de sa con-
science et le respect de son art, si chétif qu’il soit. »

La sentence nous paraît bien rendue, mais nous la trouvons un peu
sévère. Par ses œuvres postérieures, M. Louis Knaus a du reste fait ap-
pel de ce jugement, et nous croyons qu’il faut lui donner gain de cause
sur un certain nombre des considérants. Il nous semble avoir révélé plus
d’une fois un véritable tempérament d’artiste, au sens étroit du mot, c’est-
à-dire d’homme fort entendu dans l’art de peindre. Tout le monde s’ac-

\. Voir Gazette des Beaux-Arts, t. II, lre période, p. 359.
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