Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

cabinet de Sa Majesté. On peut se représenter cette figure à part comme
l’habile camériste de l’étiquette poudrée du château de Versailles.'

Avant la venue de Challe à ce poste d’artiste courtisan, l’on compte
six dessinateurs du cabinet du Roi.

Henri de Gissev (1608-1673) est le premier qui obtint la qualité « d’in-
génieur et désignateur des plaisirs du roi. »

Il y a quelque vingt ans, M. de Montaiglon consacrait une savante
plaquette 1 à ce peintre des carrousels de Louis XIV, dont les débuts sont
gravés par Chauveau2 3.

Fêtes et mascarades, pompes joyeuses et pompes funèbres2 du règne,
Cissey les conçut toutes, les conduisit toutes, avec l’aide de cet honnête
Italien de Vigarani.

Après de Cissey, Jean Berain, dessinateur et peintre d’ornements. « Il
eut dans son tems une grande vogue, écrit Lempereur, mais son goût
d’ornemenâ plus bizarre que fondé sur les bons principes, n’a obtenu
qu’un succès de mode et fut oublié après lui. Il a fait graver quelques
fêtes 4, des pompes funèbres, des habits et décors de théâtre, qui sont
d’uri goût détestable. »

Ce n’est pas l’avis du Mercure Galant, toujours enthousiaste et louan-
geur. « M. Berain, désignateur ordinaire du cabinet de Sa Majesté, est
celuy qui se mesle des machines de l’Opéra depuis l’abandon de M. Lully
et M. Vigarany ; il a donné les desseins de toutes les décorations qui font
l’ornement de l’Opéra de Proserpine, dont l’auteur est M. Quinault, audi-
teur des comptes et de M. Lully. M. Berain est un homme d’un génie uni-
versel. Vous ne vous étonnerez plus après cela, si l’on fait tant de bruit
du somptueux palais de Plutus et de la charmante décoration des Champs-
Elisées, et si l’on dit hautement qu’on ne peut rien voir de plus galant,
de mieux entendu, ny de plus superbe. Vous savez qu’il ne se fait rien de
beau en France touchant les habits qui ne soit sur ses desseins, et que sa
charge estant d’y travailler pour le Roy, à quoy il est entièrement occupé,
il oblige beaucoup ses amis, lors qu’il veut bien leur donner les momens
dont il dispose. » (Mercure Galant, novembre 1680, page 192). Berain,
dont on peut voir, sans compter le recueil de Versailles, nombre de com-

1. Henri de Gissey, de Paris, dessinateur ordinaire des plaisirs el des ballels
du Roi, par An. de Montaiglon. Paris, Dumoulin, 1854.

2. Chalcographie du Louvre. Nos 3828-3917.

3. L’on cite surtout le catafalque du duc de Beaufort, grand amiral de France, et
le mausolée de Mme Henriette-Anne d’Angleterre.

4. La bibliothèque de Versailles possède un recueil de costumes et de décors des-
sinés et aquarellés par Berain
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