Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

Page: 607
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EXPOSITION INTERNATIONALE DE PEINTURE.

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Les marines et les paysages de MM. Wahlberg et BogolubofT d’une
part, les tableaux de genre de M. Pokitonow, de l’autre, ont un intérêt
incontestable ; le temps et l’espace nous font défaut pour en désigner la
nature et l’étendue d’une façon explicite. C’est déjà beaucoup de produire
de l’effet en si belle compagnie.

Le talent sévère et robuste de M. Jules Dupré n’est pas représenté
aussi brillamment qu’il eût été désirable; parmi les onze toiles exposées,
paysages ou marines, il en est cependant qui disent'éloquemment la haute
valeur de ce peintre.

Le triomphateur de l’exposition, c’est, de l’avis de tous, notre cher
maître Paul Baudry. Un sentiment de courtoisie envers nos hôtes étran-
gers nous imposera une certaine réserve; nous ne devons pas oublier
qu’ils combattent sur notre terrain et à armes inégales, n’ayant apporté
avec eux qu’une partie très restreinte de leurs œuvres. De Baudry nous
pouvons admirer La Vague, un chef-d’œuvre, la Madeleine du Musée
de Nantes, le Petit saint Jean, que bondirait emprunté au Salon carré du
Louvre, Léda, Cybèle, Ampliitrite, délicieuses figures de la mythologie,
version parisienne, où le maître a joint à ses exquises qualités de fac-
ture, à son génie de modernité, les grâces de l’école gallo-florentine dont
il est le dernier survivant, et qui s’est appelée l’école de Fontainebleau.
Les quatre portraits exposés (Edmond About, Ambroise Baudry, Eugène
Giraud, et le baron Jard-Panvilliers) montrent sous une autre face ec
talent merveilleux. Pour l’apprécier dans toute son étendue, il suffirait
d’aller revoir ses peintures de l’Opéra, mais elles ne sont pas visibles.
Fort heureusement, les cartons de ces peintures vont être exposés dans
l’Orangerie des Tuileries à côté d’œuvres décoratives plus récentes du
même maître. C’est là que nous donnons rendez-vous aux peintres et aux
amateurs qui s’effrayent de l’invasion des artistes étrangers. On y ap-
prendra que la France maintient haut et ferme le drapeau de l’art ; pour
le lui arracher des mains, il faudrait que notre sol cessât de produire
des hommes comme Baudry, comme Puvis de Chavannes et quelques au-
tres, c’est-à-dire des artistes enclins par nature à voir dans leur profession
de peintre autre chose que le métier le plus lucratif et le plus honoré de
notre époque.


ALFRED DE LOSTALOT.
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