L' art: revue hebdomadaire illustrée — 10.1884 (Teil 1)

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NOTRE BIBLIOTHÈQUE. l3

pendant ce temps, une demi-douzaine de révolutions, toutes plus glorieuses, d'ailleurs, les unes
que les autres.

Et je m'aperçus tout d'un 'coup que j'étais seul sur ce balcon. Mes Anglais étaient partis. Ils
avaient repris leur course furieuse. Je n'eus pas la pensée de les suivre. Je ne me sentais plus
d'humeur à les regarder avec ironie. Ils ne me semblaient plus ridicules.

Ludovic Halévy.

i août i883.

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

CCCXLIII

Renée Mauperin, par Edmond et Jules de Goncourt, édition
ornée de dix compositions à l'eau-forte par James Tissot. Un
volume in-8" de 38o pages,tiré à 55o exemplaires numérotés.
Paris, G. Charpentier et C'1". 1884.

Renée Mauperin! Je ne sais rien, dans l'œuvre si curieuse
des Goncourt, qui m'ait captivé davantage que ce livre saisis-
sant de vérité, merveilleusement écrit, patiemment fouille,
composé comme un beau drame. Et ce m'était une constante
souffrance de voir dans la « Collection Charpentier », banale-
ment habillée de jaune entre'unRougon-Macquart et laFaustin,
cette Parisienne mignonne, sensible, délicate, charmante. J'eus,
donc une réelle joie à l'apparition de Renée Mauperin dans la
bibliothèque diamant, dont About, Daudet, Gautier et Méri-
mée ont fait la fortune. Mais il fallait aux bibliophiles une
autre édition plus élégante encore, plus certainement durable
et digne de transmettre à nos petits neveux ce chef-d'œuvre
d'analyse et d'observation.

M. Georges Charpentier, qui adore les livres et qui est lui-
même un artiste raffiné, ne pouvait nous refuser longtemps
une semblable jouissance — et cette année, pour nos étrennes,
il nous a donné le volume attendu. Le voilà bien tel que
nous l'espérions : in-octavo, luxueusement imprimé, tiré à peu
d'exemplaires, sur beau papier, avec des titres rouges— et des
eaux-fortes de James Tissot, gravures puissantes et sobres,
sévèrement composées d'après les conceptions des auteurs.
Quel .peintre d'ailleurs aurait pu substituer son inspiration
propre à celle des Goncourt quand il avait, par exemple, à
traduire une description de ce genre : « La jeune fille et le
jeune homme qui causaient étaient dans l'eau. Las de nager,
entraînés par le courant, ils s'étaient accrochés à une corde
amarrant un des gros bateaux qui bordaient la rive de l'île.
La force de l'eau les balançait tous les deux doucement au
bout de la corde tendue et tremblante. Ils enfonçaient un peu,
puis remontaient. L'eau battait la poitrine de la jeune fille,
s'élevait dans sa robe de laine jusqu'à son cou, lui jetait par
derrière une petite vague qui n'était un moment après
qu'une goutte de rosée prête à tomber du bout de son oreille.
Attachée un peu plus haut que le jeune homme, elle avait les
bras en l'air,les poignets retournés pour mieux tenir la corde,
le dos contre le bois noir du bateau. Un instinct de pudeur
faisait fuir à tous moments son corps devant le corps du jeune
homme, chassé contre elle par le courant. Elle ressemblait
ainsi, dans sa pose suspendue et fuyante, à ces divinités de la
mer enroulées par les sculpteurs autour des galères. Un petit
tremblement, qui lui venait du mouvement de la rivière et du
froid du bain, lui donnait quelque chose de l'ondulation de
l'eau. »

Simple et admirable dictée, sous laquelle M. James Tissot
n'avait qu'à écrire, et qu'il a fidèlement transcrite pour la
première eau-forte du volume. M. James Tissot a consacré
deux gravures à Renée et au père Mauperin; dans l'une, la
fillette joyeuse est au cou de son père; dans l'autre, malade et
triste, elle est assise à côté de lui. Ces deux compositions
s'opposent convenablement l'une à l'autre, et sans trop de
recherche apparente. Il y a une eau-forte pour Denoisel, une,
un peu confuse peut-être, pour la scène entre Villacourt et
Henri Mauperin; une, naturellement, et vigoureuse, pour le
duel; d'autres encore, toutes intéressantes, pour de moins
importants épisodes. Et l'œuvre serait, en résumé, parfaite si
M. James Tissot n'avait coiffé et habillé à l'anglaise cette petite
Parisienne de Renée.

V. nu Claux.

CCCXLIV

Cham, sa vie et son œuvre, par Félix Ribeyre. Lettre-préface
d'Alexandre Dumas fils. Eau-forte de Le Rat, d'après Yvon;
héliogravure d'après Gustave Doré; fac-similés d'aquarelles
et de dessins. Un volume de 284 pages. Paris, Pion, Nourrit
et (X 1884.

M. Félix Ribeyre, qui fut l'intime ami du comte de Noé,
vient de publier sur ce caricaturiste célèbre, dont Alexandre
Dumas fils a dit qu'il était un des hommes les plus spirituels
de France, une consciencieuse étude, qui avait d'abord paru
dans les suppléments littéraires du Figaro. En réunissant en
volume tous ces détails sur la vie et les œuvres de Cham,
M. Ribeyre y a ajouté un portrait et quelques fac-similés de
dessins ou d'aquarelles.

Le portrait de Cham est gravé à l'eau-forte, avec beaucoup
de fermeté, par Le Rat, d'après un tableau d'Yvon. Les fac-
similés sont pour la plupart des reproductions des caricatures
les moins connues de l'artiste; ce sont, par exemple : le Por-
trait du nègre Tombey, Verne': l'acteur, Cham à sei\e ans,
Cham et sa nièce, M. d>> Tremblay descendant de sa chaise au
péril de ses jours, Lafontaine artiste dramatique (croqué dans
un dîner avec la pointe noircie d'une allumette), etc. Il y a en-
core dans le volume une héliogravure de Petit, le Château de
l'Isle de Noé, d'après Gustave Doré; un dessin de Maurice De-
ville, Cham dans son jardin, d'après une aquarelle dé la baronne
Lebel, et un portrait du père de Cham : le Comte de Noé, pair
de France.

Je voudrais pouvoir parler en détail du plaisir que j'ai eu
à lire la vibrante préface de M. Dumas fils, et aussi de mon
émotion devant la touchante et simple vie, si pieusement con-
tée par M. Ribeyre, de ce satirique « de tous les abus, de
toutes les erreurs, de toutes les utopies de son temps ». Mais
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