L' art: revue hebdomadaire illustrée — 11.1885 (Teil 1)

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LETTRES D'ARTISTES ET D'AMATEURS

(suite)

Dans l'étude qu'il a consacrée à Carpeaux, M. Ernest Chesneau, le critique d'art qui a signé
Régamey, Peintres et statuaires romantiques, Y Art Japonais et maint autre livre applaudi, à
voulu célébrer dignement le sculpteur A'Ugolin. L'éditeur Quantin s'est fait son complice. Les
sculpteurs comptent peu d'historiens. Puisse l'audace de M. Lrnest Chesneau devenir contagieuse!
Les Coustou, Houdon, Pradier, Rude, Barye attendent un biographe. Toutefois, si l'historien de
Carpeaux nous avait instruit de son projet, il eût fermé son livre sur une page touchante qu'il
n'a pas connue. M. Jules Claretie, le devancier d'Ernest Chesneau, n'a rien dit non plus des
relations de l'artiste avec le baron Larrey, membre de l'Académie des Sciences 2. C'est de lui
que nous tenons la lettre suivante. Elle s'explique d'elle-même. Tout au plus est-il besoin de
rappeler que le dernier billet de Carpeaux, cité par M. Claretie, est adressé à M. Gounod, sous
la date du 21 mai iSyzt 1''. M. Chesneau a clos la suite, trop courte, des écrits du maître, par
une lettre à M. Cherrier datée du 8 août 1875. La nôtre est du 29 septembre i8y5. Or, nous
lisons dans le livre de M. Chesneau : « De crise en crise il atteignit les premiers jours
d'octobre. Le 11, à huit heures du soir l'agonie commença terrible, accompagnée aux premières
heures de cris déchirants parmi lesquels on distinguait ces mots : « La vie ! la vie! » Le 12, un
mardi, à.six heures un quart du matin, Carpeaux rendait le dernier soupir ' 1. » La lettre que
possède le-baron Larrey fut donc écrite douze jours avant la mort du sculpteur. Sommes-nous
présomptueux en supposant que ce dut être la dernière?

Henry Jouin.

Station d'Asnières, rue Saint-Denis, n" 2^7, ce 29 septembre iSjr.

Cher maître, '

L'envoi de votre carte à l'occasion de l'article du Figaro me tait un devoir de venir vous en exprimer ma gratitude, et vous
dire personnellement tout ce que je pense de votre sollicitude. Mais, hélas ! le pauvre artiste malade a perdu l'usage de ses
jambes; à peine peut-on le mouvoir après deux ans et demi d'une maladie chronique. Des amis, et particulièrement mes parents
me disent que l'envoi de votre carte est sans doute un désir de me voir, de me donner vos bons conseils ou vos soins; au surplus,
cela se trouverait bien, car je n'ai plus de médecins depuis plusieurs jours. Je suis abandonné.

Dans cette bonne pensée, je serais_ bien fier et très préparé à recevoir votre visite quand il vous plaira.

En attendant, cher maître, j'ai l'honneur d'être votre très reconnaissant

J. B. Carpeaux 5.

1. Voir l'Art, 9 0 année, tome III, pages 41, 61, 1 H4, 141, 1S0, 199, 21G et 261, et 10 e année, tome II, page 138.

2. Recueillis, annotés et mis au jour par M. Henry .louin.

3. J. B. Carpeaux, 1827-1873, par Jui.es Claretie. Paris, Librairie illustrée, 1873, in-3i.

4. Le Statuaire J. B. Carpeaux, sa vie et son œuvre, par Ernest Chesneau. Paris, A. Quantin, 1880. In-8" (page 187).

5. Du cabinet de M. Hippolyte, baron Larrey, membre de l'Institut.

Le Directeur-Gérant : EUGÈNE VÉRON.
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