L' art: revue hebdomadaire illustrée — 11.1885 (Teil 1)

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EUGENE DELACROIX'

(suite)

III

Convaincu d'infidélité au Beau et à la Nature, Delacroix ne pouvait
être qu'un artiste de fantaisie, pour ne pas dire un fou. Il semble que dans
ces conditions la critique aurait dû l'abandonner à ses emportements et ne
plus s'occuper de lui. Mais c'est le propre du génie d'inquiéter ceux mêmes
qui croient le mieux se soustraire à ses prises. Ses adversaires avaient beau
l'injurier, le conspuer, le mépriser ; au fond, ils n'étaient pas tranquilles.
A chaque exposition ils redoublaient d'insultes et de dédains, sentant bien
que la bête n'était pas morte, et craignant, sans se l'avouer à eux-mêmes,
d'être à la fin dévorés par elle. Cet artiste, auquel ils refusaient le sens de
l'art, ils discutaient chacun de ses tableaux, et sans cesse revenaient à la
'même accusation, de dissimuler, sous un étalage exagéré de couleur 2, une
complète ignorance des règles les plus élémentaires du dessin, cette « probité
de l'art ». On a bien souvent répondu à ces reproches. Il faut y répondre
encore et toujours, car il est facile de voir que l'objection — celle du moins
qui se rapporte au dessin — subsiste en partie au fond même des éloges qui
remplissent les journaux depuis quelques semaines.

On paraît bien, il est vrai, être arrivé à se mettre à peu près d'accord
pour reconnaître que Delacroix est un des plus grands coloristes qui aient
jamais tenu un pinceau. Les critiques les plus compétents reconnaissent
unanimement et proclament que, par un miracle de son génie, la couleur
dans son œuvre cesse de jouer un rôle secondaire, qu'elle se relie si intime-
ment à la pensée et au sentiment de chacun de ses ouvrages, qu'il est
impossible de l'y supposer autre qu'elle n'est, et que son éloquence est au
moins pour moitié dans l'effet moral qu'ils produisent. Pat-
ce côté, comme par le sérieux et la pénétration psycholo-
gique de sa pensée, on peut dire qu'il est supérieur au

Voir l'Arl, il' année, tome I° r, page 133.

i. [.a couleur est secondaire. Si Dieu avait
estimé la couleur à l'égal de la forme, il n'eût
pas manqué de revêtir son chef-d'œuvre,
l'homme, des splendeurs du colibri. C'est Charles
Blanc qui a trouvé cet argument. Je suis con-
vaincu qu'il devait enjetre bien fier.

liibarh-Jlj;

Encadrement composé et dessiné pour « l'Art » par j. Habert-Dys.

Tome XXXVIII. 23
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