L' art: revue hebdomadaire illustrée — 11.1885 (Teil 1)

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EXPOSITION

des

M PASTELLISTES FRANÇAIS

n vient de ressusciter le pastel à la rue de Sèze. On vient de
Éjp^/v/ remettre au jour cet enfant si caressé, si choyé, à juste titre si
Â'J V-| vanté du xvm* siècle, et on a organisé les choses de telle sorte que
fiyjl^Ai ^ e public puisse comparer les pastellistes d'origine avec ceux qui,
WÈlœïM longtemps après, c'est-à-dire de nos jours, leur ont emboîté le pas.
PPPSl 1^ L'idée est excellente : il était temps que cet art fin et délicat eût
If .''' aussi son petit regain de popularité et qu'il reprît la place dont

l'indifférence publique l'avait depuis longtemps dépouillé sans raison.
| w Quoique nos mères fissent du pastel, quoiqu'il fût de mode pour une

H | jeune fille, il y a environ cinquante ans, de n'être pas complètement
Wjs inhabile dans l'art de manier les crayons colorés, on peut dire que le
Élf pastel est mort avec la harpe depuis le commencement du xix c siècle et
W/ qu'il n'a repris un semblant de vie que depuis quelques années seulement.
" C'est à MM. de Nittis et Emile Lévy qu'on doit de l'avoir remis en
! honneur. Avant eux pourtant, bien des artistes, plus humbles et moins
renommés, s'exerçaient avec un certain succès à tirer parti de ce procédé tout
spécial de peinture, où les crayons, faisant l'office de pinceaux, permettent de
fondre, de superposer et de juxtaposer des couleurs sèches qui donnent,
sous des doigts habiles, des transparences charmantes et des veloutés uniques.
On ne sait trop quel est l'inventeur de ce genre : est-ce Thièle d'Erfort,
I ou Heid de Dantzig, ou bien Rosalba, personne n'est fixé à cet égard. Quoi
qu'il en soit, c'est vers la fin du xvu c siècle qu'il fit son apparition ; et il
nous eût été agréable de penser, avec M. Desmaze, que « c'est une fille d'Italie, au gracieux
nom, qui inventa un art destiné surtout à reproduire la finesse des traits féminins ». Ce n'est
malheureusement pas l'avis de M. Jal, qui prouve que Rosalba fut devancée par des peintres
français. « Je ne sais rien d'Alexandre Thièle, dit l'érudit chercheur : quant à Rosalba Carreira,
née, dit-on, à Venise en 1673 et morte le i5 avril 1757, si elle fut la première en Italie qui se
servit du pastel, ce que j'ignore, elle fut devancée en France par plusieurs peintres. A Paris,
trois artistes au moins maniaient le pastel avec une certaine habileté, et Abraham Dupradel,
dans son Livre commode contenant les adresses de la Ville de Paris, 1692 » —■ c'est-à-dire au
moment où Rosalba avait dix-sept ans seulement — « les cite ainsi : « Pour le pastel, M. Ven-
« celin (sic, pour Verselin), rue Saint-Martin; Vivier (sic, pour Vivien), quai de l'Ecole; Desgranges,
« rue Tictonne. » Verselin, né vers 1646, fut admis comme peintre de portraits à l'Académie royale,
en 1687; il faisait du pastel avant sa réception, sans doute. Quant à Vivien, né vers 1657, il
s'était acquis, avant 1692, une certaine célébrité dans un genre que Verselin cultivait avec succès
depuis assez longtemps. Alors Rosalba Carreira n'était point connue à Paris; elle entra à l'Aca-
démie en 1720. Vivien y était entré en 1701. » Si ce ne fut point Rosalba qui inventa le pastel,
c'est elle du moins qui le fit connaître, goûter, et si hautement apprécier de ses contemporains.
Aussi figure-t-elle la première au catalogue de l'Exposition actuelle, représentée par trois portraits
et trois tètes de fantaisie, où se retrouvent toutes les qualités de son talent gracieux, léger, qui
est comme un souffle insaisissable et caressant, une musique légère, mais ravissante, qui vous fait
rêver d'azur céleste et de fleur des bois.
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