L' art: revue hebdomadaire illustrée — 11.1885 (Teil 1)

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LETTRES D'ARTISTES ET D'AMATEURS'

UNE LETTRE D'EUGENE DELACROIX

M. Maurice Tourneux a entrepris, fort à propos, dans le Courrier de l'Art du
19 septembre, la bibliographie des œuvres écrites d'Eugène Delacroix. Les lettres du grand
artiste, celles principalement dans lesquelles Delacroix parle de ses peintures, sont des
pièces curieuses et rares. C'est donc avec raison que JVL'. Tourneux signale aux amateurs
« les lettres d'invitation que Delacroix faisait imprimer, et qu'il ne laissait à personne le
soin d'envoyer lorsqu'il ouvrait à quelques privilégiés la salle ou le monument dont il
avait entrepris la décoration ». M. de Chennevières a sauvé de l'oubli, en l'insérant dans
sa Notice sur la Galerie £>' -ApoLLON, « le texte rédigé par Delacroix lui-même sur le
programme de Le Drun ». Le bibliographe de Delacroix incline à penser que le maître a
dû faire quelques invitations lorsqu'il acheva ses peintures du Palais Èourbon ou du
Luxembourg. M. Tourneux ne s'est pas trompé. Delacroix — dans une circonstance au
moins — parut solliciter une visite au Salon du Poi a la Chambre des Députés, dont
il décorait le vaste plafond. La lettre qu'il écrivit le 27 décembre 1836 ne fut pas
imprimée. Jl quoi bon? Delacroix la destinait à un seul personnage qui, vraisemblable-
ment, ne répondit pas à l'appel du peintre. M. Philippe Burty a ignoré, nous le suppo-
sons, l'existence de cette lettre. Elle ne se trouve pas dans le recueil publié par lui
en 1878. Cependant la pièce est loin d'être banale. Outre l'historique très circonstancié
de la décoration du Salon du Roi, on trouve sous la plume du maître une appréciation
discrète du talent de Delaroche, Schnetz, Couder, Bouchot, Léon Cogniet, Abel de Pujol
et Signol, qu'il se garde de nommer, mais aux travaux desquels il fait allusion. La
demande du maître — car c'est une demande qu'il adresse — est empreinte de fierté. Elle
est d'un homme qui a conscience de ce qu'il vaut, et rappelle par quelques points cette
autre lettre bien connue que Greuze adressait en 1800 au ministre de VIntérieur.

Henry Jouin.

Paris, 27 décembre 1836.

Monsieur le Ministre,

La décoration du Salon du Roi, à la Chambre des députés, était loin de présenter dans
le plan primitif la complication qu'elle offre aujourd'hui et à laquelle j'ai été conduit pour
tirer le meilleur parti possible des localités. Dans le premier projet, il n'y avait à peindre que

Voir l'Art, g* année, tome III, pages 41, 6i, i34, 141, 180, 199, 216 et 261; 10" année, tome II, page i38, et
tome I", pages 102 et 192.

Encadrement de F. Magnini, tiré de l'ouvrage intitulé : « L'Augusta ducale Basilica dell' Evangelista San Marco... in Venezia, MDCCLXI.

Presso Antonio Zatta. »
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