Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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COUP D’ŒIL SUR L’ÉTAT DU CAIRE.

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Quelques mesures favorables à la conservation ont pu être déjà prises
par M. Frantz bey : ainsi la mosquée de Thouloun, la plus ancienne du
Caire (ann. 879), a cessé d’être une cour des Miracles, un repaire livré
depuis une trentaine d’années aux infirmes et aux vagabonds, et rendue
méconnaissable par cet usage. Mais à côté, on laisse tomber en ruine
un chef-d’œuvre du xve siècle, la mosquée du sultan Kaït-Bây (intra mu-
ras) qu’on pourrait encore sauver en entier.

L’enceinte immense et tout en ruines de la mosquée du khalife El-
Hakem (990-1012) où naquit la religion des Druzes, où tant de prison-
niers chrétiens furent enfermés au temps des Croisades, vient d’être fer-
mée et ne reçoit plus les immondices. Il fut question de la convertir en
square à l’époque où on en voulait partout; mais on a fini par y établir un
essai de Musée arabe où s’entassent les provisions d’huile des oratoires
voisins, aussi bien que les objets d’art que l’on trouve encore à ramasser
çà et là. Il y a quelques mois, un objet précieux, une caisse à manu-
scrits couverte de cuir estampé d’or, ouvrage admirable envié de tous les
amateurs, y fut mise en pièces et anéantie par des badigeonneurs, ces
éternels habitants des ruines que nous rencontrons partout. Devant ces
essais tardifs, on se rappelle avec tristesse qu’il y a dix ans le gouverne-
ment égyptien avait donné à feu Auguste Salzmann la mission de trans-
former la mosquée de Daher-Bibars (extra muros) en un Musée arabe.
A cette époque, le pillage du Caire n’était pas commencé et il n’y avait qu’à
choisir et à prendre ; mais la barbarie et l’intrigue en rendirent l’exé-
cution impossible et l’on fut tout aise de se débarrasser de l’intelligent et
désintéressé Salzmann sans lui donner l’indemnité à laquelle il pouvait
prétendre et qui eût été de la plus simple convenance. Il ôtait né pour
l’œuvre qu’il avait entreprise, mais il n’eut pas, comme Mariette pacha,
la force de résister à la barbarie et la joie de triompher de l’ignorance!

ARTHUR RHONE.

(La fia prochainement.)
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