Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 25.1882

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SOCIÉTÉ D’AQUARELLISTES FRANÇAIS. A39

d’un temps où Ton ne connaissait pas les indépendants et les impressionnistes. Toujours
élégant de dessin et de couleur, il illustre Molière et Goethe avec la même fécondité
d’imagination. Il est vrai qu’il voit Faust à travers M. Gounod, ce qui n’est pasun mau-
vais lorgnon, et qu’il le représente sur les planches de l’Opéra. Quel metteur en scène!
Quels jolis costumesil donne aux soldats du fameux chœur et aux spectateurs de la mort
de Valentin. A la place deM. Vaucorbeil,je changerais M. Lacoste pour M. Eugène Lamy.

Voilà, sauf omission volontaire ou involontaire, ma revue passée, et je finis ma
nomenclature comme je l’ai commencée, avec le courage de mon admiration. Nous
avons vu en route des peintres qui cherchaient à se renouveler, non pas pour piquer
la curiosité du public, ce qu’on pourrait attribuer à une préoccupation commerciale,
mais pour satisfaire leur impressionnabilité et leur conscience d’artistes. En admettant
les reproches comme fondés et mes réponses comme insuffisantes, quel est le talent,
je le demande, qui, arrivé à la pleine maturité, ne porte pas des fruits réguliers de
même forme et de même saveur? fa récolte est plus ou moins belle, telle est la dis-
tinction. Mais quand trouve-t-on des fraises sur un pommier? Prenons, par exemple, un
al tiste intéressant dont le talent paraît incontestable aux hommes de goût qui con-
testent celui des aquarellistes. Où M. Degas puise-t-il ses inspirations? chez les dan-
seuses d’une part et chez les blanchisseuses d’une autre. Je reconnais que tantôt les
blanchisseuses savonnent et tantôt elles repassent, mais cette variété d’occupations
crée-t-elle une différence plus grande qu’entre la terrasse de Saint-Germain et les
bords de l’Elbe de M. lleilbuth?

Je ne veux pas croire que ce qui provoque contre les aquarellistes cette sourde
hostilité, ce soit leur prospérité; mais, à Paris comme partout, le succès cause une cer-
taine impatience. Les aquarellistes sont trop heureux. Ils devraient faire comme le
tyran de Samos, qui, pour conjurer le mauvais sort, jeta à la mer un anneau précieux.
Il est vrai que la précaution fut inutile, que l’anneau fut retrouvé dans le ventre d’un
poisson, rapporté par un pêcheur, et que Polycrate fut mis en croix par le gouverneur
de Sardes.N’importe, ens’yprenant adroitement,la conjuration doit avoir plein succès.
Les aquarellistes sont adroits de leurs mains, on le leur reproche assez, ils n’ont qu’à
jeter leur anneau dans certaines eaux un peu troubles; je parie que, s’il y a un pois-
son qui l’avale et un pêcheur qui le trouve, celui-là ne le rapportera jamais.

ARTHUR BAIGNER ES.
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