Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

décesseur, dut coûter aux sentiments de celui qui avait tant aimé Jules II.
La disgrâce qu’il encourut de la part du duc d’Urbin, et à laquelle il
fut très-sensible, vint s’ajouter à ses chagrins. Et si maintenant on joint
à ces grands déplaisirs les immenses fatigues des voyages et des séjours
à Carrare, les démêlés avec les fournisseurs de marbre, les carriers et les
bateliers chargés des transports, les difficultés avec les gens de loi et les
injures de l’Arétin ; si l’on réfléchit enfin que ces entraves et ces dégoûts
de toute sorte s’enchaînèrent pendant près de quarante-cinq ans, peut-
être trouvera-t-on peu exagérée l’expression du fidèle Condivi qui appelle
cette longue histoire la tragédie du Tombeau de Jules II.

Les témoignages que la sculpture a laissés de cette sorte de drame se
réfèrent surtout à son début. Du commencement datent le groupe que
l’on nomme te Victoire et les statues d’Esclaves ; de la fin, nous pos-
sédons le Moïse qui fut comme le dénoûment du débat.

L’un des morceaux les plus importants destinés primitivement au
Tombeau de Jules II et qui n’ont pas trouvé place dans le monument de
Saint-Pierre-ès-Liens est la Victoire ou plutôt le Génie victorieux : car le
personnage qui triomphe est non pas une femme, mais un jeune homme.
Lorsqu’on voit ce marbre au Bargello, la fierté, le dédain, le caractère de
force souveraine qui y sont empreints excitent l’admiration. Mais si la
composition, superbe en elle-même, montre partout qu’elle est tirée
d’une pyramide de marbre dont la masse avait été arrêtée d’avance
pour satisfaire à des convenances architecturales, et si les points extrêmes
de cette masse restent sensibles dans la sculpture qui en est sortie, on
est étonné des grands vides que l’œuvre présente. C’est à la fois une
composition un peu contrainte à raison de sa donnée géométrique et
relâchée à cause des espaces que le ciseau a creusés entre ses points
les plus importants. Nous croyons trouver l’explication et la correction de
ces imperfections dans un dessin à la plume de Michel-Ange, qui fait
partie de la collection Buonarroti. Le catalogue de cette collection le
désigne simplement comme une figure ailée ; l'Album Michelangiolesco
y voit une étude de démon pour le Jugement dernier. A vrai dire, c’est
un beau jeune homme qui n’a rien de commun avec les démons de la
Sixtine, c’est l’un des Génies victorieux : mais il a des ailes , ailes
ouvertes, courtes et vigoureuses qui soutiennent les vides de la masse et
complètent la silhouette à souhait. Ce bel accessoire manque au groupe
du Bargello, mais soit en marbre soit en bronze, il pouvait être facile-
ment rapporté.

Quant aux Esclaves, si l’on devait voir en eux de simples captifs,
nous dirions que les sentiments opposés et extrêmes qu’inspire un pareil
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