Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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MICHEL-ANGE

PEINTRE.

I.

Il a le droit de sentir la plume trembler
un peu dans sa main, celui qui, après tout ce
qu’on a écrit sur les peintures et sur les
dessins de Michel-Ange, s’enhardit au point
de parler encore de ces grandes œuvres, les
plus grandes peut-être dont puisse s’enor-
gueillir l’art adoré. Sur un sujet qui a ins-
piré tant de pages savantes, on risque fort
d’être banal; on doit craindre de redire ce
qui a été dit, on a toutes les chances du
monde de ne point paraître nouveau, et
conséquemment, d’être inutile. Comment
d’ailleurs, lorsqu’un génie comme celui de Michel-Ange a su traduire sa
pensée dans tous les langages et en diversifier constamment l’expression
sans en altérer l’austère harmonie, comment briser la forte unité de cette
pensée, scinder arbitrairement ce qui ne fait qu’un, demander aux
improvisations du crayon le commencement du rêve qui s est achevé
dans le bronze, et séparer du marbre où l’inspiration s’est ébauchée
la fresque qui est devenue la traduction complète et définitive? Tout
se tient dans la vie du héros florentin. Mais il semble que Michel-Ange
est comme ces hautes montagnes, dont notre débilité ne peut d une seule
traite gravir les pentes ardues, et au sommet desquelles on ne parvient
qu’en multipliant les circonvolutions et les détours. Il faut diviser 1 im-
mense spectacle dont l’œil humain est impuissant à embrasser à la fois
les perspectives infinies. Du colosse qui domine toutes les avenues de
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