Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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M. ALPHONSE LEGROS

AQUAFORTISTE

ne méthode bien curieuse et bien pra-
tique est celle de M. Lecoq de Boisbau-
dran. Il choisit ses élèves sur les bancs
des écoles primaires et, pour développer
chez eux la justesse du coup d’œil, il
veut qu’on les façonne à répéter de
mémoire des mesures métriques préala-
blement tracées sur un tableau. Une fois
habitués à garder l’image d’un objet
absent, ce n’est pas dans un atelier
insipide et monotone qu’il les enferme,
il ne les assied pas en face d’un modèle, vivant à la vérité, mais énervé
par une interminable pose et réduit, en quelque sorte, à l’état de
momie; il les emmène au grand air, à la lumière du ciel et en pleine
campagne. Là, il leur montre des paysans au travail ou des animaux
en liberté; prenant sur place ses modèles, il fait lutter les uns, force les
autres, qu’il attache solidement, à se délivrer eux-mêmes; en un mot,
il présente à ses élèves la nature sous ses formes les plus saillantes ; puis,
au retour de ces leçons péripatéticiennes} il exige d’eux un compte
rendu peint ou dessiné de ce qui les a frappés davantage. Cette nature,
qu’il propose à leur observation, est, en effet, changeante et l’artiste ne
peut en fixer les fugitifs effets à l’instant où ils se produisent; de là,
nécessité de se souvenir, de faire Y éducation de la mémoire pitto-
resque. Telle est la méthode de M. Lecoq de Boisbaudran, méthode
toute d’initiative et d’impression qui a formé des maîtres, et entre
autres M. Alphonse Legros dont nous nous occupons.

Doué d’un tempérament essentiellement original, fanatique de son art
et vivement sollicité par le côté pittoresque des choses, M. Legros devait

XIII. — 2e PÉRIODE. 72
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