Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

La première idée de cette composition se trouve dans un croquis
conservé dans la collection de l’archiduc Albert, à Vienne. Il est toujours
intéressant, lorsqu’il s’agit d’une statue, d’un groupe, d’en connaître le
premier jet par un dessin. On aime à voir comment l’idée s’est présentée
à l’artiste et comment il a envisagé d’abord une œuvre destinée à avoir
autant d’aspects divers qu’il y a de points de station autour d’elle.
Notre observation vient à l’appui de ce principe que, dans un travail de
statuaire qui doit être vu de tous côtés, il y a cependant une face
principale, un point de vue sous lequel la pensée est plus complètement
exprimée et l’ensemble se comprend mieux. Ce point est celui où se place
instinctivement l’artiste lorsqu’il voit son œuvre en esprit. À ce compte,
cette esquisse d’une des œuvres capitales de Michel-Ange est pleine
d’intérêt : l’idée a jailli du cerveau de l’artiste avec une netteté absolue.

Nous venons de présenter au sujet de la Vierge une sorte de commen-
taire; et maintenant nous éprouvons quelque scrupule au moment
d’aller plus loin.

On a beaucoup écrit sur les statues des tombeaux des Médicis : elles
ont inspiré des pages de la plus haute éloquence. Maintenant la critique
a changé de point de vue ; et après avoir pensé que ces figures avaient une
profondeur de sens telle qu’il était impossible d’en toucher le fond, au-
jourd’hui on est disposé à croire qu’elles n’ont qu’une signification indé-
terminée et une expression purement plastique. Bien plus, des personnes
de grand sens sont d’avis que non-seulement ces beaux marbres ne
sont que des œuvres subjectives, mais que peut-être elles ne doivent
pas compter au nombre des plus remarquables de Buonarroti. Ces réserves,
ces doutes, sont bien le propre d’un temps qui, dans les arts, se préoc-
cupe beaucoup des qualités matérielles, qui recherche curieusement les
procédés et les pratiques et qui trouve que le sujet d’un tableau ou
d’une statue peut résider uniquement dans l’exécution.

Cependant, depuis le moment où Michel-Ange commença à travailler
aux statues de Saint-Laurent, on sait qu’il le fit toujours avec une idée
arrêtée : il les a nommées et elles s’appellent encore le Crépuscule et
Y Aurore, la Nuit et le Jour; peut-être y a-t-il eu quelque hésitation
pour les deux dernières, mais ce fut seulement au début, et lorsqu’elles
parurent aucun doute n’était plus permis. Les vers cqui furent échangés
à cette époque entre Jean Strozzi et Michel-Ange au sujet de la Nuit,
vers devenus célèbres et que nous citerons à notre tour en leur
lieu, prouvent assez que les contemporains et l’artiste lui-même ne
voyaient pas dans les figures de Saint-Laurent de vagues entités. Si
l’histoire, en consacrant les désignations qu’elles gardent encore, nous
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