Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

très-habile et très-convaincu, s’est tenu clans une harmonieuse combi-
naison de gris, de bleus et de verts rompus, et il a mis au bas du ciel
une chaude vapeur crépusculaire. Volontairement indifférent à la vérité
du ton local et aux détails trop réels, il a entouré sa Vénus cl’une
atmosphère qui jette autour d’elle le demi-jour de l’abstraction.
La fierté du dessin est merveilleuse, et le modelé, large, sûr, délicat,
fait penser aux figures nues de la voûte de la Sixtine. L’œuvre qui, par
le choix du motif pouvait être un peu trop amoureuse, est d’une gravité
d’aspect qui n’autorise aucune idée profane. Le charme s’y montre
épique, fatal, inexorable. Il était réservé à Michel-Ange de donner de la
majesté et du sérieux aux allures de ce papillon qui vole — le baiser1.

On doit croire que le maître ne fut pas mécontent de la traduction de
Jacopo da Pontormo, car il lui confia, à diverses reprises, l’exécution
d’autres cartons. Un passage de Vasari nous apprend que Michel-Ange
avait fait pour Alphonse d'Avalos, marquis del Guasto, un dessin repré-
sentant le Christ apparaissant à la Madeleine. Le marquis désirant que
ce carton fût transformé en tableau, Michel-Ange lui désigna le Pontormo
comme l’artiste le mieux capable de le satisfaire. Pontormo y réussit,
dit-on, fort bien, et il fit, d'après le même motif, une seconde peinture
pour Alessandro Vitelli. Le carton fut ensuite copié et enluminé par
Battista Franco. Il faudrait retrouver ces trois peintures : sans les con-
naître on doit les déclarer dignes de quelque estime : sous le vêtement
de la couleur, elles laissaient voir le dessin de Michel-Ange.

Le grand inventeur florentin eut d’autres interprètes. Le Mantouan
Marcello Venusti peignit, d’après deux dessins différents, deux Annon-
ciations qui furent placées à Rome, l’une à Santa-Maria-della-Pace,
l’autre à Saint-Jean-de-Latran. La Dcscrizione dclle pitlure esposte in
Roma mentionne encore en 1763 le premier de ces tableaux; d’après
Pasquale Goddè, le second était au Latran en 1837, mais dans la sacristie2.
Le même écrivain prend soin de nous rappeler que Michel-Ange fut le
parrain du fds de Marcello Venusti. Les relations entre les deux maîtres
paraissent en effet avoir été des plus amicales. Francesco Scannelli n’oublie
pas de noter qu’on voyait de son temps, à Forli, un tableau de petite
dimension peint par Venusti d’après Michel-Ange et représentant la
Résurrection du Christ3. Cette indication, retrouvée dans un livre peu

11 existe plusieurs reproductions, en divers formats, de la Vénus caressée par
l’Amour. On se contentera de citer ici la meilleure, celle de Hampton-Court. Elle est
superbe, et l’on a quelques raisons de supposer qu’elle est aussi de Pontormo.

2. Memorie biografiche dei pillori Mantovani. Mantoue, 1837, p. 148.

3. Scannelli, Il Microcosmo délia piltura. Cesena, 1657, p. 72.
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