Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 13.1876

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Il y a au milieu de cette sorte de sauvagerie artistique un réel essor
de puissance et d’ampleur, et une véritable originalité dans la conception
des portiques du rez-de-chaussée.

S’il m’était permis d’indiquer un fait personnel, je dirais que je me
suis souvenu de cette composition dans la Loggia du nouvel Opéra. Certes
je l’ai modifiée de façon à l’adapter à sa destination, et je crois y avoir
mis beaucoup du mien ; mais si, mettant de côté toute fausse modestie,
je puis affirmer que j’ai étudié les proportions et les détails avec plus
de soin, de finesse, et je dirai même sans rougir, avec plus de talent
qu’on n’en constate dans les bâtiments du Capitole, je déclare bien
volontiers que cette ordonnance d’oppositions d’ordres, de hauteurs
dissemblables, m’était restée gravée dans la mémoire, et que ce principe
m’a servi dans la façade de l’Opéra.

C’est donc, je crois, le plus bel hommage que je pouvais rendre à
cette disposition, que de rn’en inspirer. Malgré cela, il faut bien que je
convienne que les palais du Capitole ne sont pas l’œuvre d’un véri-
table architecte; ils sont seulement l’œuvre d’un maçon de génie, ce qui
vaut mieux peut-être, ce qui, à coup sûr, impressionne avec plus de
vivacité.

Finissons cette revue rapide des édifices construits par Michel-Ange
par la basilique de Saint-Pierre. Je laisse de côté toute discussion sur
le parti qu’il convenait le mieux d’adopter, de la croix latine ou de la
croix grecque. Ces deux idées peuvent se défendre; mais il ne s’ensuit
pas que telle ou telle décision prise pût suffire à faire décerner le brevet
de maître architecte à celui qui l’emporterait. Michel-Ange et Bramante
étaient d’avis opposé; mais Bramante échouant est toujours, dans la
stricte acception du mot, bien plus architecte que son rival. Je néglige
aussi les façades extérieures de la basilique qui sont, il est vrai, colos-
sales, mais qui n’ont pas d’autres qualités. La composition est poncive,
vulgaire; les formes sont assez mauvaises et le plan des murs de ces
façades qui enceignent le dôme est molasse et empâté. Là encore, Michel-
Ange a fait de l’architecture sans paraître se douter que c’était un art.

Mais il reste son plus grand titre, celui qui, adopté en général par
le public, a constitué sa réputation universelle : le Dôme de Saint-Pierre.

Ce dôme, en effet, est une des merveilles de l’art puissant, et devant
l’impression de majesté que cause ce splendide couronnement de la
basilique du Vatican, on ne se préoccupe nullement des imperfections
qui peuvent y exister.

Le parti est simple, est noble, est grand; c’est véritablement une
conception absolument hors ligne, et l’auteur de cette merveilleuse cou-
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