Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 29.1884

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VELAZQUEZ.

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tique et donner naissance à une école. Le génie ne s’enseigne point.
Certes, Velâzquez put former des élèves qui, pour la plupart, devinrent
de très habiles peintres ; mais aucun d’eux ne saurait cependant prétendre
à être regardé comme son héritier légitime, son continuateur, encore
moins comme son heureux rival.

Velâzquez mort, et à l’exception de la peinture du portrait qui ne
déchut pas trop vite, tout ce qu’il avait apporté dans l’école de nou-
veautés hardies et de méthodes singulières fut, autant dire, comme
lettre morte. La peinture de genre, élevée par lui à la hauteur de la pein-
ture d’histoire — ainsi qu’il l’avait montré dans les sujets du Baco, des
Menines et des Fileuses — et la peinture d’histoire elle-même, telle qu’il
l’avait comprise dans son tableau des Lances, cessèrent aussitôt après lui
d’être senties et pratiquées avec cette saisissante simplicité de mise en
scène, cette constante subordination au réel et au vrai, cette intelligente
recherche du caractère en toutes choses, qui sont les côtés typiques et
comme la marque du génie du grand artiste.

Il faudra que l’Espagne attende plus d’un siècle pour retrouver dans
le talent prime-sautier, puissant, mais aussi trop inégal de Francisco Goya
quelque chose de l’audace et des admirables inventions de Velâzquez.

Parmi les élèves du maître qui reçurent passagèrement ses leçons et
ceux qui se formèrent complètement à ses côtés, les historiens de l’art en
Espagne citent Murillo, Carreho de Miranda, Juan Bautista del Mazo,
Pareja, Alfaro y Gamez, Juan de la Corte, Francisco Palacios, Nicolas de
Villacis, Francisco de Burgos Mantilla, Puga et Aguiar. Nous rapporterons
succinctement sur eux les informations empruntées aux documents les
plus indiscutables et nous aurons soin de jeter en même temps un coup
d’œil sur leurs ouvrages.

Murillo a été déjà, dans la Gazette, l’objet d’une étude trop étendue
pour que nous ayons besoin de revenir ici sur la part que prit Velâzquez
dans la seconde et capitale éducation de Murillo, et que nous disions, une
seconde fois, quelle influence féconde Velâzquez peut revendiquer dans
l’éclosion du gracieux talent de son jeune et illustre compatriotei.

Quant à Carreho de Miranda, il est moins un élève direct de Velâzquez
qu’un sectateur, s’assimilant dans l’art du maître ce qui s’harmonise le
mieux avec son propre talent, déjà tout formé lorsqu’il connut Velâzquez,
et d’ailleurs très personnel.

Don Juan Carreho de Miranda était né à Avilès, dans les Asturies, en
lôl/i, d’une famille distinguée. Il n’apprit d’abord à peindre que par passe-

Murillo et ses élèves; voir Gazelle des Beaux-Arls, 2e période, t. XI et
suivant.
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